Jeudi 14 septembre 2006 jour précédent jour suivant retour au menu
Il y a ballade et balade...
Quoique, à la limite...

Suite à la page de mardi sur Noël Ballay, présent à trois occasions dans ma vie, j'ai reçu une lettre du bout du monde, de la part d'une femme qui connaît bien la rue Noël Ballay de Chartres, et dont l'évocation lui rappelle aussi de nombreux souvenirs.
Elle en profite pour me souligner d'une façon discrète et élégante (sans parler de "faute "), qu'il y a ballade et balade. J'avais en effet, pour évoquer le BM, parlé de " ballade à pied ".
Elle a bien sûr raison.

Ballade avec deux l vient du Moyen-Age, où il signifiait en musique une pièce vocale et instrumentale destinée à la danse ou en littérature un poème formé de strophes égales terminé par un refrain et d'un couplet final plus court appelé envoi, ou aussi un poème ayant pour sujet une légende populaire ou un épisode historique.
On pense bien sûr aux ballades de Chopin, et celles de François Villon...et à de nombreuses autres.
Belle analyse sur le C.A.F.É canadien : " ...La ballade est donc une forme privilégiée pour le lyrisme personnel. Mais ce lyrisme ne correspond pas tout à fait à une exaltation de la subjectivité. Car à la différence des poètes romantiques, le poète du Moyen Âge n'écrit pas gratuitement, pour lui-même, sans souci des autres. Il fait partie d'une communauté, il vit dans le monde et non hors du monde, même quand il se dit exilé, et sa ballade ou sa complainte est toujours adressée à quelqu'un. C'est pourquoi la ballade se termine par ce qu'on a appelé l'envoi: le poète envoie justement son texte à un prince, un seigneur, à une personne aimée ou tenue en haute estime, etc. Et s'il raconte sa vie intime, s'il s'apitoie sur son malheur, c'est pour toucher cette personne, pour attirer sa pitié ou sa douceur. .."

Balade avec un l est celle dont je parlais concernant le " BM " de Chartres : flânerie, promenade sans but précis avec par extension la sortie, l'excursion vers des lieux relativement proches.
Ces balades-là, de cette époque-là me rendent triste quand j'y pense : trop chargées d'ennui, et de timidité, de rêves, fantasmes, et manque de confiance en soi, pour ne pas dire complexes.
Je me souviens en particulier d'une marche tout un dimanche après-midi dans le BM et les rues avoisinantes vides, avec une normalienne dont j'étais amoureux, sans avoir osé ni lui dire, ni même lui prendre la main, et de l'immense tristesse intérieure et frustration qui me tenaillaient la tête et le ventre quand je suis retourné à l'E.N...
Je ne peux encore aujourd'hui aller à la Fnac ou à la librairie Legué, rue Noël Ballay, sans repenser au Cinéma d'antan, au petit café où nous discutions parfois...et à cette balade amoureuse.
1967, Chartres.

Princesse, finalement cette homophonie, en trompant le correcteur orthographique de mon éditeur (qui se prétend Webexpert), me permet aujourd'hui de passer de cette balade à la ballade, même si je n'en utilise pas la forme.
Car il s'agit là, on le devine facilement, d'un envoi adressé à la femme aimée, ma Princesse d'alors...
(" La dernière strophe, appelée envoi, équivaut à la moitié d´une strophe (4 octosyllabes, 5 décasyllabes, 6 alexandrins). L´envoi commence par les mots Prince, Princesse, Roi, Dieu, Père : il constitue une invocation, une dédicace.")