mercredi 1er novembre 2006 jour précédent jour suivant retour au menu
Plus que fête de tous les saints :
Anniversaire et choix à faire...

J'ai mis en ligne ce journal, sous le nom de Journal de Nogent le Rotrou appelé aussi The New Nogent Times sous-titré aussi Bourdaily on the web, le 1er novembre 2004.
Le début de la page commençait ainsi :
Un an plus tard, le 2 novembre 2005, je saluais ce premier anniversaire en rappelant comme aujourd'hui le début de ce journal en ligne, et passais tout le reste de la page à essayer de faire un premier bilan, essayant honnêtement de dire où j'en étais, et qui commençait ainsi :
Aujourd'hui, je n'en suis plus tout à fait au même point.
D'abord, je ne suis pas allé au cimetière, ni pour accompagner ma mère (elle m'a dit y être allé la semaine dernière " pour s'avancer ", ce qui m'a fait éclater de rire !), ni seul pour voir la tombe de mon père ou de mon frère. Je sais que les morts ne sont pas dans leur tombe mais dans notre tête, attendant qu'on les rejoigne et s'effacer enfin de notre mémoire. Les morts ne meurent que quand le dernier survivant qui se souvenait d'eux meure à son tour. Après ils entrent dans la mémoire et l'histoire du monde. Je sais que les tombes ne marquent que l'emplacement, l'endroit où on s'est débarrassé d'un cadavre ou d'une dépouille.
Je serais bien allé au cimetière de Thiron-Gardais pour voir comment est l'enclos, faire des photos des vivants et des tombes, mais avec mes filles cela aurait été un peu limite, et elles m'auraient encore posé plein de questions, toujours les mêmes, auxquelles j'ai déjà répondu dix fois...
Ensuite, cette fête-là n'est pas dans mes préoccupations. En ce moment, je suis parmi les multiples lectures entamées, dans mes réflexions et lectures sur l'intime.

J'ai hâte d'ailleurs de voir ce que vont dire sur ce sujet Patrick Rebollar et surtout Philippe de Jonckheere , au petit auditorium de la Bnf le 30 novembre.
Programme complet très intéressant et qui promet !
J'attends avec autant d'impatience d'ailleurs le compte-rendu qu'ils ne manqueront pas d'en faire ! (et là encore, surtout celui de Philippe de J, dont les sorties médiatiques sont toujours racontées comme d'épiques et parfois rageuses catastrophes... mais toujours drôles. Pour ceux qui ont du temps ou envie d'en voir des exemples, lire la prestation d'Angoulême ou à Bruxelles avec Assouline, deux chefs-d'oeuvre ! )
"Le premier venu, pourvu qu'il sache amuser, a le droit de parler de lui-même."
(Mon coeur mis à nu JOURNAL INTIME par Charles Baudelaire),

En ce moment aussi je réfléchis aussi sur la lecture publique, en général, faite par l'auteur ou non, sur le texte lu aussi... De récentes expériences (voir hier et avant-hier) et de plus anciennes (il y a deux ans à Lodève), les productions de François Bon et ses lectures performances, et une certaine mode actuelle de la " poésie sonore ", même si on sait (cf le livre de Manguel) que la lecture publique existe depuis presque toujours, font que ce sujet m'intéresse.
(Salut à Fred Griot que le sujet intéresse aussi avec un bel extrait de Guyotat.)
Toute cette semaine, pendant que je m'occupais de mes filles ravies d'être à Thiron-Gardais chez leur père, et que je leur apprenais la patience et le dessin à la plume à l'encre de Chine, je n'ai pas arrêté de penser aussi à ce que j'allais faire, maintenant, à faire le bilan de ces deux ans de journal mis en ligne.
Je précise mis en ligne, car des journaux, j'en tiens depuis l'âge de 14 ans, plus ou moins longs, plus ou moins régulièrement, plus ou moins ciblés (journaux de voyages, journaux de maladies, journaux amoureux...). Ils sont dans des cahiers, des boites avec une multitude de documents associés (photos, plans, cartes postales, dessins, films, billets et tickets, sans parler de bouts de bois, plumes, cailloux, emballages, prospectus, bouts de journaux et autres fétiches...).
Mais la pratique d'Internet a bien sûr tout modifié, dès mon premier ordinateur acheté en 1995. Dès cette date en effet, je les ai écrits la plupart directement sur le disque dur, et les documents furent numérisés en même temps.
Aujourd'hui, je sais ce qu'Internet et ce journal m'ont apporté, donné, enrichi, déçu, surpris, permis, frustré, la somme de ce que je peux en attendre, de ce que je peux faire, mais aussi ce qu'Internet ne peut pas faire non plus à ma place.
Je sais aussi ce que les autres en font, peuvent faire, et aussi dans leur lecture la limite de cette pratique.
La problématique est simple à mes yeux : continuer, arrêter, continuer mais autrement, en faisant autre chose. Les idées ne me manquent pas sur ce que je pourrais faire avec et sur Internet, avec du temps et/ou de l'aide...mais il m'est plus difficile par contre de savoir ce que je dois faire.
Je réalise que ce journal m'empêche, par exemple, en me prenant beaucoup de temps, de lire plus, d'écrire (de l'écriture de textes ou d'un livre, que je distingue de celle du journal, car travaillée autrement, et plus "littéraire"...), de peindre, d' être plus dans le concret d'une certaine réalité de la vie, mais aussi d'être plus avec mes proches, et que, quelque part, (oui je sais Émilie qu'on ne doit jamais écrire " quelque part "), il me détourne aussi, même si j'y suis, d'une part de moi-même et de ce que je cherche, et de ce que je devrais faire.
Il me distrait et m'évite, par exemple, de faire face à la part d'ombre et de solitude que je devrais affronter et que je redoute.
Non seulement Internet a des effets contradictoires, mais aussi laisse parfois libre court à une certaine " facilité ".
Je pense que peut-être devrais-je arrêter, ou du moins passer moins de temps au journal, et plus sur l'autre côté du site sur lequel je ne travaille pas et qui pourtant attend des milliers de documents, réduit en ce moment à une sorte de squelette où on ne peut même pas voir le projet qu'il sous entend à mes yeux depuis le début.
J'ai toujours considéré ce site comme un projet, artistique dans certains de ses aspects, (certes peut-être invisibles pour certains, mais un travail sur Internet est aussi un travail en train de se faire, se modifier et se remettre en cause sans arrêt, un work in progress comme disent les anglo-saxons, et que l'on découvre et juge alors qu'il n'est pas fini, ce qui est original et un peu dur quand on y pense !), et mon problème est-il, peut-être, que le journal, qui n'est qu'un centième de ce que j'ai prévu pour ce site, me donne parfois l'impression, par faute de temps, de sacrifier le reste.
Le trouble où je suis en ce moment est donc peut-être celui d'un choix, pas si facile que cela à faire.