mardi 31 octobre 2006 jour précédent jour suivant retour au menu
Et alors Ces vendanges lyonnaises ?
Vendanges poétiques comme le disait l'invite...

Cela se passait à Vénissieux. En plein centre ville, dans un espace (Pandora) qui appartient à la Drac, et qu'elle prête selon les occasions et les manifestations... On se croirait dans une vraie fausse vieille ville. Le bar, tout à côté, m'a tout de suite rassuré.
. . ..
Faut dire que j'y allais suite à l'invitation appuyée de Marie Thérèse P. que j'appelle encore souvent Marie Pool. L'année dernière, j'avais envoyé quelques livres, mais cette année, impossible de refuser, en revenant de Montpellier, je pouvais difficilement dire que je ne pouvais pas passer par Lyon...
Courage... allons donc à la rencontre de toutes les causeuses de la cause des Causeuses, " Blog d'Origine Labyrinthique s'il en faut ", mais aussi de divers blogs que j'avais de liens en liens, de clics en clics, appris à connaître virtuellement.
Il n'y avait pas grand monde quand je suis entré. La salle était à l'étage, grande voire spacieuse, et quelques personnes visiblement s'affairaient aux derniers préparatifs.
J'en profite pour regarder ce qu'il y a sur les tables, à savoir bien sûr de nombreux livres ou essais ou plaquettes poétiques.
...

.
Les gens sont arrivés, petit à petit, beaucoup de femmes, beaucoup se connaissant entre-elles, habituées à se voir et faire des choses ensemble. L'impression au début, moi étranger, de débarquer chez le Gang des Lyonnaises, toutes concernées par l'écriture, la publication ou même la fabrication du papier ! Toutes aimant la poésie, sans se torturer la tête sur ce qu'est la Poésie ou non.
Là on n'est plus chez Piekarski ! On écrit des vers, de ceux qui causent tout de suite, qui n'ont pas besoin d'explication, on les publie, on les aime, on les partage sans se poser de problèmes ! On a trouvé l'éditrice (gros travail de Sang d'encre de Jackie Platevoet) ou on se fabrique soi-même son livre, peu importe. On peint, on fait des photos, on dessine, peu importe, on amène et on montre.
Partager et échanger, on peut dire que le concept des Vendanges est là. Chacun chacune faisant aussi le bilan depuis l'année dernière...Il y a en effet de la cuvée, de la dégustation, au sens propre et figuré, mais on n'est plus dans le Virtuel. Tout est réel.
En cela on se sent vite intégré puisque tout est un peu informel aussi, dans une ambiance un peu bazar et surtout non guindée. Les présentations ont été vite faites, les plus étranges étant celles des gens que l'on ne connaît que virtuellement et qui là sont là , en chair et en os, vivantes.
- Ah, je vous reconnais, vous êtes le Monsieur du quoique à la limite, le journal de Thiron-Gardais, me dit la dame du Murmure des mots.
Et cetera.
..
...
Et puis, ce n'était pas le Gang des Lyonnaises.
Il y avait des hommes, des qui accompagnaient leurs épouses, des qui étaient venus là pour dire bonjour et boire un coup, des qui écrivent aussi (Armand Dupuy, Mohamed El Amraoui, Denis Marulaz,...), il y avait des femmes qui peignent, qui photographient, qui dansent (salut belles Fanny Batt, Guylaine Carrot, Stéphanie Moulin...), il y a avait des gens venus de loin, de Belgique, de Paris, de Thiron-Gardais et de Bourg les Valence, de Dijon et du Rhône...
...
. .
Et puis, il y eut bien sûr les lectures, incontournables lectures !
Longtemps je n'ai pas aimé les lectures des textes par leurs auteurs.
Je pensais et sentais qu'il y avait là quelque chose d'obscène. Déjà que l'auteur avait osé écrire, se mettre à nu, nous le proposer, nous le mettre dans les mains et sous les yeux, il fallait en plus qu'il vienne de sa personne se pavaner et dire écoutez, voilà ce que j'ai écrit, c'est moi qui ai écrit ça vous savez, et bien ce n'est pas suffisant, je vais maintenant vous le mettre moi-même dans les oreilles...! C'est beau hein ?...
Venir ainsi nous mettre sa voix sur son texte, et le limiter ainsi, je trouvais cela prétentieux et criminel. C'était comme tuer le texte, comme les parents qui ne veulent pas laisser partir leurs enfants chéris, et veulent toujours les garder avec eux, comme on maintient des oiseaux en cage. Refuser sa propre vie au texte! Lecteurs assassins !
Il faut dire que j'en avais vu qui avaient vraiment assassiné leur texte en le lisant. Ceux qui lisent leur texte comme s'il s'agissait d'une ode funèbre, comme s'il s'agissait du texte sacré de chez sacré de leur ego démesuré ! Ceux qui s'écoutent et veulent à tout prix que vous compreniez...au cas vous ne seriez pas capable de comprendre ce que le texte dit ! Comme si le texte ne se suffisait pas lui seul !
Sans compter ceux que ne s'entendent pas et qui lisent comme des pieds, ont une voix insupportable !
Et puis et puis... Entendre aux États-Unis Ginsberg avec son petit accordéon (oui, je sais ce n'est pas un accordéon) et de toute sa clique de City Lights Book, des après-midi au Golden Gate Park...
Et puis, et puis, mes premières lectures en Nouvelle-Calédonie...(épiques à raconter un jour)
Et puis et puis, la lecture du livre de Manguel,absolument époustouflant. À lire en particulier, vu mon propos, le chapitre L'auteur en lecteur...où l'on apprend plein de choses étonnantes...
Et puis et puis...
Aujourd'hui, maintenant, c'est un peu différent. L'âge venant, j'accepte mes répugnances... Je peux assister avec plaisir à une lecture d'un texte par son auteur mais je peux aussi la juger comme une performance, sans pitié ni pardon. Il prend un risque, moi aussi. Rien de plus affligeant et triste qu'un mauvais poète qui lit mal ses mauvais poèmes ! Quoi de plus mauvais que la mauvaise poésie de toute façon ?
(À suivre...ce que j'attends aujourd'hui d'une lecture d'un texte par son auteur)
(CAR j'insiste, je ne parlais là que de la lecture d'un texte par son auteur. Faite par un autre, le problème fut toujours à mes yeux différent car il s'agit alors d'un problème de théâtralisation, de mise en scène, mise en onde, d'interprétation, d'acteur (et non plus d'auteur) au service d'un texte (écrit par un auteur)...)
Lectures donc, bien sûr, incontournables aussi à ces Vendanges poétiques...Sous la baguette de l'infatigable et incontournable Marie-Thérèse Peyrin, chef d'orchestre, véritable moteur de cette journée, dispensatrice d'énergies, et partisane du développement durable, la Causeuse des causeuses...et discrète auteure de Lectures sentinelles...
Attention poésie ! Silence on tourne !
...
Je plaisante. C'était on ne peut plus simple, calme et sympathique.
. .
Trop bon enfant, je n'ai pu m'empêcher, mon tour venu, de faire le clown et de sonner l'heure de l'apéro...et de la suite.
. .
On ne peut bien sûr pas tout dire d'une telle journée. Je sais bien que mes commentaires et photos ne sont qu'écumes et peines perdues. Comme dit MTP " Ce qui est vivant n'a pas besoin de preuve, il suffit de le vivre le plus simplement du monde. ".

Je n'avais pas sommeil, les enfants non plus.
Malgré l'invitation de bon coeur de Guylaine, je décide de reprendre la route.
Peut-être pour garder encore un peu les visages, voix et regards croisés, et traverser avec eux la nuit des autoroutes enfin désertes, fluorescentes et calmes. J'ai écouté une émission sur les chamans de Corée.
J'ai fumé quelque part sur une aire inconnue une dernière cigarette au petit matin et me suis endormi.
Encore un peu ivre de ces Vendanges, lourd de tous les mots et pensées de la nuit, une vague envie de faire l'amour avec le monde.