Vendredi 3 novembre 2006 jour précédent jour suivant retour au menu
Tiens tiens...

Dans le monde des livres je lis un article ("Penser en poète") de Jean-Claude Pinson (poète et philosophe, maître de Conférences en philosophie à l'université de Nantes.) et qui me rappelle quelque chose... Extrait :

Tiens tiens...
Ce matin sur France culture, dans "Chanson boum " sur le groupe Syrano. je lis sur la présentation : " Ils sont six, ils viennent de Chartres, ils se sont groupés autour de Sylvain qui écrit les textes et dessine les visuels.
Il y a quatre ans, nous les avions choisis dans l'éventaire des Découvertes de Bourges, séduits par une rage poétique peu commune, et une musicalité qui mariait le hip hop et l'accordéon musette.
"
Décidément en ce moment, la poésie a vraiment bon dos. Tout ce qui plaît, tout ce qui touche, c'est poétique. !
Je m'oppose à cette utilisation massive et lourde, voire ici rageuse de ce mot.

Ça me rappelle une discussion avec C.Dufourquet où il me disait que la poésie (il en a pourtant écrit et publié, comme moi d'ailleurs) lui semblait un " truc de jeune ". Passé un certain âge, il disait même que ça lui semblait " cochon ".
Autant j'aime certains poètes, autant l'adjectif poétique me semble aujourd'hui galvaudé. Tout le monde se croit photographe avec Photoshop, tout le monde se croit écrivain avec Internet, mais encore plus de monde se croit avec n'importe quoi poète.
On fait des happenings poétiques sur Google, on étudie la publicité poétique ...
On a tendance à ramasser dans la poésie tout et n'importe quoi.
Je me souviens des discussions avec Chambelland où il disait en riant que beaucoup de choses avec des vers n'étaient pas comestibles... On ne pouvait pourtant pas le soupçonner lui, ayant passé toute sa vie au service d'une certaine idée de la Poésie, de ne pas aimer la Poésie.
Lors d'une émission de radio il avait dit aussi que pour définir un poète il fallait à la fois " la tripe et la patte ". Sûr qu'aujourd'hui certains ont l'une ou l'autre, mais les deux, c'est une autre paire de manches.
Je me souviens aussi qu'à une revue de poésie assez effrayante en Nouvelle-Calédonie (en couverture il y avait un caniche avec un ruban rose autour de la tête !) j'avais déclaré, excédé devant la prétention et la mauvaise qualité des membres de cette association, que la poésie c'était la solution de facilité pour ceux qui ne savaient pas écrire ou qui ne voulaient pas travailler une phrase complète, ou ceux qui voulaient remplir facilement des pages en allant souvent à la ligne. Bref, le résultat c'est que ça a fait encore 20 personnes de plus qui souhaitaient mon départ le plus vite possible...
Encore une boutade dont j'aurais pu m'abstenir !
Tiens tiens..., c'était à un moment donné, le surnom de Walter Benjamin dans la communauté allemande, parce que quand quelque chose l'intriguait ou lui donnait intellectuellement du fil à retordre, il disait calmement : Tiens tiens...