jeudi 8 juin 2006 jour précédent jour suivant retour au menu
En avant !
Dès 8 heures du matin, renseignements à droite et à gauche, coups de téléphone, mise à la casse de la vieille, annulation de son assurance, rendez-vous avec un commercial de Renault, ...
Mercredi à 15 heures je signe pour l'achat en leasing d'une Nouvelle Clio diesel 4 portes couleur bleu methyl.
Intérieur dynamique dit-il.
Je n'argumente rien, je n'y connais rien et cela ne m'intéresse pas.
Je vois bien que mes questions sont connes et que ça le fait rire.
Encore un qui va penser que les profs sont des cons.
Les histoires de voitures qui ne fonctionnent pas bien m'énervent.
Mais c'est fini.
On clôt l'histoire de bagnole avec la muse de l'histoire. Point final.
Encore une traite sur le dos pour 4 ans, mais l'espoir que je n'aurais plus de problèmes pendant ce temps-là.
C'est la première fois de ma vie que j'aurais une voiture neuve. Je regretterai sans doute ma vieille R25 poubelle mais si confortable !
Pendant les six semaines d'attente, Renault me prête une voiture, à condition que je l'assure. OK.
Jeudi passé au collège,
Ça m'énerve aussi.
Sandrine est venue me chercher à Thiron mais tôt et me ramènera tard, ses horaires commandant les miens.
J'en profite l'après-midi où je n'ai pas cours pour relire, dans la salle fumeur où il n'y a personne, le Chevron de Bergounioux.
On voit que c'est un auteur qui monte et qui a de plus en plus la cote : on ajoute à ses livres un bandeau indiquant que c'est " du Bergounioux ".
J'espère pour ma part qu'il ne va pas devenir trop célèbre. Pas faire comme Charles Juliet dont je fus un des tous premiers lecteurs.
Quelque part, (Oui Émilie, je sais qu'on n'écrit jamais quelque part, et que cela ne veut rien dire), le succès d'un auteur me rend content pour lui, mais m'enlève cette impression d'intimité, et de rareté exquise et de connivence secrète que j'avais avec lui. Un peu comme un ami qui me trahirait et deviendrait ami aussi avec tout le monde. Mon investissement dans ce genre d'auteurs est tellement complice et a une telle importance dans ma vie au moment où je les lis, qu'une fois " vedettes ", je me sens abandonné et ramené à l'anonymat d'un quidam lambda qui lit ce que tout le monde lit. Je perds en même temps tout le mérite que j'avais de l'acheter et le lire et de le supporter et l'encourager par mon acte.
Çe n'est pas glorieux, mais je le vis ainsi. Et puis, le portrait rare dégotté " au début " et qu'on avait soigneusement découpé pour l'afficher sur son bureau ou près de nos espaces intimes (mon bureau en est un pour moi, puisque j'y passe 90 % de mon temps, et la plupart de mes nuits), se retrouve un jour partout reproduit, la tête devient connue, et on la voit reproduite de plus en plus souvent et dans des endroits people de Elle à Marie-Claire, et on se surprend espérant de ne pas la rencontrer un jour dans Voici ou Voilà... Les portraits de Charles Juliet se trouvent maintenant sans problèmes sur les pages images de google. Bergounioux est en train de suivre le même chemin. On trouve déjà même sur Google, la photo de son baptême...
Et oui, jcb, l'auteur ne t'appartient pas, même si tu te l'appropries parce qu'il s'est immiscé dans ta vie intime.
Le rouleau compresseur de la médiatisation et celui d'Internet sont imparables et incontrôlables. Tout le monde est sur Internet aujourd'hui, même ceux qui ne le pratiquent pas, n'ont rien demandé, ou l'ignorent même.
Le nombre de gens à qui j'en ai fait la démonstration et qui sont tombés de haut !
Dieu sait que j'ai aimé Juliet et tout fait pour le faire connaître, dans mes correspondances, mes discussions, mes rencontres... comme celle de Michèle Manceaux, quand j'étais à Porto-Novo au Bénin en 1983.
C'est ainsi que dans Brèves qu'elle publia, après son séjour, (éditions du Seuil, 1984), on peut lire p.236 :
Je me souviens avec quel enthousiasme je lui avais en effet parlé de Juliet que je connaissais depuis bien avant, puisque c'est Christian Dufourquet, au Sénégal, le pays où je travaillais avant de vivre au Bénin, qui m'en avait indiqué l'existence, et d'où j'avais démissionné à cause d'une histoire amoureuse très douloureuse pour moi. J'avais d'ailleurs raconté cette histoire à Michelle Manceaux, sans savoir qu'elle m'écoutait attentivement, pensant à son prochain roman...
Et c'est ainsi que je me retrouvais, l'année suivante, sous le nom de Thomas, dans le roman suivant de Michelle Manceaux, Le voyage de Lara Simpson en Afrique, publié au Seuil en septembre 1985.
Le personnage est certes très romancé, mais certaines situations ou discussions vécues étaient retranscrites.
Comme Michèle M. me l'écrit dans sa dédicace j'y retrouve en effet " des signes " .
La photo de couverture est celle de la maison où j'habitais alors, avec en premier plan Julien mon cuisinier et gardien revenant tranquille du marché, où comme d'habitude il m'avait sans doute trouvé du poisson ou du poulet.
Je repense aussi maintenant à Bernadette G, peintre à qui j'avais parlé de Juliet tout un repas chez des amis à Lille. J'appris plus tard qu'elle avait osé le contacter et qu'ils s'étaient même vus plusieurs fois après...
Je pense aussi à Nicolas Kurtovitch à qui je l'ai fait connaître, et qui l'a récemment rencontré au dernier Salon du livre de Ouessant, à Marie Thérère P. et Bernard Borgne qui le connaissent aussi...Et bien sûr à la lettre que je lui écris depuis 30 ans dans ma tête...
Bref, j'espère que le succès grandissant de Bergounioux ne va pas trop l'atteindre. Je ne lui souhaite pas en tout cas.
Je me couche tard, impressionné par Maurice Nadaud à la télévision racontant son passé trotskiste sur fond d'un film incroyable où l'on voit au Mexique Trotski, André Breton, Diego Ribera, Frida Kahlo ... devisant gaiement dans la cour de leur maison...et travaillant à un manifeste sur l'Art...
Il est tard, tout se mélange un peu dans ma tête, comme dans ma vie.
On sait bien que c'est la même chose, que tout se passe là-haut, dans notre encéphale, seul créateur du monde et de ceux qui nous habitent.