Mercredi 8 novembre 2006 jour précédent jour suivant retour au menu
La Mélancolie de Zidane et l'Opulence de la nuit.
ou : Faut-il le dire ?

Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir le dernier ouvrage, la dernière publication, la dernière plaquette, brochure, article, papier, je ne sais pas quel mot employer, de Jean-Philippe Toussaint !
Un texte de 11,5 pages, écrit gros, et qui aurait pu au mieux constituer un Rebonds de Libé, et qui est proposé à la vente sous forme d'un livre de 3 mm d'épaisseur.
À 5 euros le " bouquin", ça sent le prenons-encore-un-peu-de-fric-pendant-qu'il-est-temps et que le succès de Fuir lui colle à la peau.
C'est affligeant que les Éditions de Minuit en soient arrivées là, et que Toussaint accepte la combine.
D'autant plus qu'il n'y a que 11,5 pages à lire, gros caractères et avec grandes marges blanches en haut et en bas de chaque page. Avec là-dedans 5 citations (2 de l'auteur lui-même, tirées de la salle de bain, une de Starobinski, une de Freud et une de Bachelard, ça fait classe et occasionne à la fin une page en plus intitulée Notes).
Le pire, c'est que le texte est bourré de tics et est lui aussi affligeant. La première phrase (qui fait la page 7 à elle toute seule, début du texte) en est l'exemple :
" Zidane regardait le ciel de Berlin sans penser à rien, un ciel blanc nuancé de nuages gris aux reflets bleutés, un de ces ciels de vents immenses et changeants de la peinture flamande, Zidane regardait le ciel de Berlin au-dessus du stade olympique le soir du 9 juillet2006, et il éprouvait avec une intensité poignante le sentiment d'être là, dans le stade olympique de Berlin, à ce moment précis du temps, le soir de la finale de la Coupe du monde de football."
Je ne peux recopier plus malgré l'envie, parce qu'avec encore une ou deux phrases à hurler de rire, on dirait que j'ai mis le livre entier en ligne !
Bref, comme dirait un ami, encore un footage de gueule.
Allez, une petite dernière : " Incapable de marquer un but, il marquera les esprits." pour finir, une page avant la fin par " Le geste de Zidane, invisible, incompréhensible, est d'autant plus spectaculaire qu'il n'a pas eu lieu."
C'est bien ce que je me disais d'ailleurs. Tout ça c'était un montage fait en studio. Comme mon père : il a soutenu jusqu'à sa mort que l'homme n'était pas allé sur la lune, et que c'était un montage fait en studio.
Je rêve, oui, je rêve.

l'autre livre acheté et lu aujourd'hui est le dernier de Charles Juliet.
Là encore je suis déçu. Je me dis chouette, un nouveau Juliet. Allez, là on peut acheter les yeux fermés.
déception à la maison : 54 pages sont composées de poèmes ayant déjà été publiés dans des tirages limités dans des petites Éditions spécialisées.
Mais les amateurs de Juliet le savent car ils ont passés leur vie à acquérir ces petits livres de qualités (avec souvent un dessin, une eau forte ou une gravure...). or cela on le dit pas sur la quatrième de couverture (reproduction du poème qui ouvre le livre).
On me dira que c'est la rançon de la gloire (plus de 50 publications) et de l'âge (72 ans) que de racler les fonds de tiroirs. Fussent-ils bons ou pas, nécessaires ou inutiles (Apportent-ils à l'Œuvre constitué et reconnu ?). Mais quand même. Là encore, est-ce nécessaire ou politique de l'éditeur ?
Je pense que Juliet a fait un parcours et une oeuvre exceptionnels, aussi inattendus, difficiles qu'aboutis. Pour qui a suivi, comme moi, partagé, s'est abreuvé ou éclairé de sa difficile quête et recherche de soi et de la paix et de l'équilibre au monde (lire les 5 tomes du Journal) (à quand le beau coffret de luxe à 100 euros ?), on peut se demander pourquoi l'auteur a-t-il besoin encore d'écrire et de publier, ou de jouer au jeu des compilations...(infernal en ce qui concerne les vieux chanteurs ou chanteurs ou groupes disparus) alors qu'il a dit et écrit ce qu'il devait dire et écrire.
Tout ce que je lis de lui depuis un certain temps avait déjà été dit et me donne l'impression d'une redite, d'une répétition, au mieux d'une déclinaison...
Beaucoup de poèmes de ce livre répètent ce qu'on sait déjà de son parcours.
Il ne me reste donc qu'à l'offrir à quelqu'un qui ne connaît pas du tout Charles juliet.
La publication, l'exposition, la performance, le besoin et la reconnaissance d'un public sont-ils à ce point nécessaires ? Peuvent-ils à ce point créer une dépendance comme le ferait n'importe quelle drogue ?
Ou : chaque artiste ne peut-il aujourd'hui échapper au système qui le fait connaître ?