mercredi 10 mai 2006 jour précédent jour suivant retour au menu
Vierges à l'étang
Dans son blog daté du dimanche 30 avril, Grapheus Tis nous livrait ses mamelaires suavités à la sortie de l'abbaye de Flaran et regrettait qu'il n'y ait qu'une goutte solitaire au sein de la vierge de Cindy Sherman à propos de laquelle venait de lire l'article que la revue Beaux-Arts lui consacre à l'occasion de sa rétrospective au jeu de paume, visible jusqu'au 3 septembre.
Il terminait par un post-scriptum amical qui bien sûr ne me laissait pas insensible : " Il existerait d'autres "lactations" dans la peinture du Moyen-Âge. Si par bonheur, et pour lui et pour nous, JCB avait enfin vidé ses cartons ? "
Mais que oui cher Jacques, j'ai vidé mes cartons !
Dans une conférence passionnante faite par Claude suzanne Didierjean Jouveau à Dourdan, le 21 octobre 2001, et portant sur l'allaitement dans l'art, et que je conseille à tout le monde de lire et d'imprimer, on apprend que " Depuis l'aube de l'humanité et sur tous les continents, on a représenté des scènes d'allaitement, à la fois pour la beauté de la chose, et comme symboles de la fécondité, de la charité, de l'amour maternel, etc. (voire de la théologie, de l'histoire ou… de la grammaire !)".
Je ne veux pas recopier tout ce que cette érudite a trouvé dans sa recherche, découvrez-le en la lisant, c'est étonnant, et ne me contenterai donc de vous offrir (en plusieurs fois) que mon travail personnel, à savoir la recherche de certaines reproductions qu'elle cite (il n'y a malheureusement pas les illustrations de sa conférence sur Internet) et d'autres bien sûr que j'ai cherché et trouvé avec patience et parfois beaucoup d'abnégation et d'entêtement, mais finalement récompensés.
J'en suis même réduit, pour ne pas incommoder trop longtemps certains de mes lecteurs qui seraient allergiques au lait ou au lactose, à ne vous présenter qu'une maigre sélection de la scène que vous prisez tant et qui vous enchante, mais qui, pour être fidèle à mon titre, (soufflé par une amie lacanienne), se limitera surtout aux Vierges, dont on n'a pas malheureusement beaucoup d' occasions de voir les beautés cachées, ne seraient-ce que leurs seins ; même s'il me sera difficile, je vous préviens de suite, d' éviter certaines entorses à ce choix, et qui ne devront être interprétées que comme débordements...lactaires bien sûr.
Manuscrit français du XVème siècle.
Vierge humble avec des anges, 1360.
Maître italien inconnu.
Musée Thyssen au Prado, Madrid.
La Vierge et l'enfant devant la cheminée,
Maître de Flemalle,
peut-être Robert Campin (1406-1444), National Gallery, Londres.
Vierge et l'enfant,1460
Van der Weyden
Art Institute of Chicago
Le repos de la fuite en Egypte,
Gérard David (1460-1523)
Version du Metropolitan museum de New York.
Le repos de la fuite en Egypte,
Gérard David (1460-1523)
Version du Prado à Madrid.
(y'a la boite à couches à droite !)
La vierge et l'enfant,
Bartolomeo Suardi Bramentino (1425-1530),
Musée des Fine Arts de Boston.
La vierge et l'enfant entourés d'un saint, de Sainte catherine d'Alexandrie et d'un donateur, 1496,
Michelango di Pietro Mencherini,
Musée J.Paul Getty.
La vierge allaitant
Leonard de Vinci (1452-1519),
Musée de l'Hermitage à Saint Petersbourg.
Vierge et l'enfant,
Hans Memling ( 1435-1494))
La vierge et l'enfant
Defendente Ferarri (actif de 1510 à 1531),
Galerie des Offices de Florence.
Madonne et son enfant,
Guido Reni (1575-1642),North Carolina National gallery of Art.
La sainte famille
El Greco (1541-1614),Hôpital saint jean Baptiste d'Afuera, Tolède.
La vierge et l'enfant,
Luis de Morales (1515-1570)
Vierge et l'enfant, 1570,
Musée du Prado, Madrid.
La vierge et l'enfant,
Luis de Morales (1515-1570)
Vierge et l'enfant, 1570,
autre version,
National gallery de Londres.
(voiles et main sur la tête)
La vierge et l'enfant,
Francisco Zurbaran (1598-1664)
La Vierge visiblement préfère ne dévoiler que son sein droit (13 tableaux sur 16) (elle ne montre son sein gauche que 2 fois) (le tableau qui manque, si vous faites le total, c'est celui de Luis de Morales, où l'enfant a faim et plonge carrément sa main sous la robe de sa mère, appelant le sein gauche). La vierge donne le sein droit en penchant sa tête à droite, le sein gauche en penchant sa tête à gauche. Comme le dit notre auteure la scène est codifiée, voire ritualisée.
La scène est toujours réaliste.
" En simplifiant, on peut classer ces Vierges allaitantes en deux catégories : celles où la mère présente le sein à l'enfant assis sur ses genoux (dans une posture très semblable aux statuettes d'Isis) et celles où c'est l'enfant qui prend le sein dans ses mains et dans sa bouche. Cette deuxième catégorie, où l'enfant tète (alors que dans la première, l'enfant n'a pas le sein en bouche), nous apparaît plus réaliste, moins ritualisée, moins codifiée."
À noter qu'il n'est pas rare que le bébé détourne les yeux du sein nourricier, pour regarder le peintre, c'est-à-dire nous aussi.
Est-ce pour nous narguer, nous rendre jaloux, ou tout simplement une invite aux plaisir oral ?
À chacun sa réponse ! Point de goutte perlant du téton, mais soyons patient, il reste encore à boire...