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ma vie dans le Perche
Propos sur la littérature et la peinture.
Mercredi 17 octobre 2007 jour précédent jour suivant retour au menu
De la place du marché de Thiron-Gardais à Claude Simon
en passant par une photo de mariage.

La place du marché à Thiron-Gardais n'a cessé d'évoluer avec le temps, comme partout ailleurs.
J'en avais quelques photos sur de de vieilles cartes postales, et j'essayais de les classer chronologiquement grâce aux cachets de la poste (quand il y en avait).
Au début du mois j'en avais donné une photo récente quand j'ai parlé de la roulotte, où l'on voit les récentes toilettes publiques qui viennent d'y être construites, et où, sur la photo un homme essaie d'entrer.
Quand Micheline ma voisine, m'apporta il y a quelques jours, une vieille photo de mariage prise sur cette place, je ne savais pas que cela allait me demander autant de mal pour essayer de la dater.

La première est postée de septembre 1905.
À gauche on voit l'Hôtel de la Croix Blanche (Jolivet-Jardin), et en face, au coin de la rue, le petit Café de la Poste, Chez Renou.
À droite on voit un homme qui pose pour la photo avec son seau d'eau, rempli à la fontaine publique qui se confond avec le bord de la photo.
Il n'y a pas grand monde dans la rue, à part les gamins assis sur les marches et qui jouent avec leurs chiens. Au fond on découvre une des premières automobiles que devait posséder un riche paysan du coin.
La deuxième photo est datée (si je déchiffre bien le cachet de la poste), de 1927.
L'hôtel a refait sa façade et s'appelle Hôtel Jolivet de la croix Blanche, et le Café de la Poste a changé de propriétaire, c'est maintenant chez Avenet.
la fontaine publique est toujours là, mais il n'y a plus de caniveau à l'air. On a une dalle avec une grille qui récolte l'eau.
La venue du photographe est toujours une évènement : les gens posent, sérieux comme des papes, y compris le cheval (qui ne savait bien bien sûr que 50 ans plus tard, il y aurait encore un cheval à cet emplacement, mais qui ne tirerait pas une charette mais une roulotte !)

La troisième carte postale est plus tardive. Papier glacé, photo couleur. On a changé d'époque. Grâce aux automobiles (2 4L et une 404), on peut la dater facilement des années 60.
L'Hôtel a laissé place à une pharmacie, la quincaillerie d'aujourd'hui s'est ouverte. On a détruit le Café de la Poste et la grande maison derrière a été abattue. On voit sur le mur les traces d'un garage.
La photo de mariage est la suivante :
1- la maison du Café de la poste est toujours là, mais on ne sait pas si c'est un café. On voit une pancarte récente marquée Maréchal.
2- La maison en face a été investie par Avenet qui a ouvert un magasin de cycles, et d'accessoires (pneus Hutchinson)
3- la grande maison derrière est encore là, la cheminée et la gouttière sont là comme depuis longtemps !
4- la place n'est pas encore goudronnée.
On est à l'époque du développement de l'automobile, de la moto. On voit tout à droite une plaque vantant les voitures Citroën.
Et juste en-dessous pas très visible, je découvre une publicité pour la marque Hutchinson.
Je décide chercher de ce côté-là.
Ce fut long et fastidieux malgré la célébrité de la marque liée au vélo depuis 1890, qui a fourni les pneus pour Louison Bobet, jacques Anquetil et Raymond Poulidor.
- 1853 : Un américain d'origine britannique, Hiram Hutchinson, s'installe près de Montargis en France.
- 1898 : Les héritiers d'Hiram Hutchinson vendent les actifs à des investisseurs français : création de l'actuelle société Hutchinson.
- leurs publicités sont célèbres et variées : affiches, plaques émaillées, toles, buvards, objets divers (horloges...). J'en trouve sur Internet des centaines.
Elles sont très prisées des collectionneurs et atteignent parfois des prix de fous (1500 euros pour des grandes affiches en bon état).
Un coup de nostalgie en voyant les buvards, que je collectionnais petit avec mon frère Jacky

Je cherche ce qui pourrait être sur le mur de la maison Avenet à Thiron-Gardais.
Leur génie est d'avoir pris comme dessinateur Michel Liebaux, dit Mich (né en 1881, mort en 1923).
C'est lui qui a inventé le personnage du rémouleur barbu, qui aiguise son couteau sur un pneu, plus solide que l'acier. Toujours accompagné de son chien. L'image est encore utilisée aujourd'hui.
Sur un site d'un admirateur et passionné je trouve enfin ce que je cherchais : c'est une tole, tout simplement.
Il n'y a pas de doute : c'est bien celle-là, bien abîmée certes et délavée, qui était sur la maison Avenet de la place, le jour du mariage.
Comme Michel Liebaux, dit Mich est mort en 1923, si cette plaque a été faite de son vivant, la photo date d'avant, disons des années 20.
Mais elle a pû être tirée aussi après sa mort.
Aucune certitude donc.
Je la daterais quand même de la fin des années 20 ou du début des années 30.
En effet, sur les deux cartes postales il y avait encore de la végétation sur le mur sous les fenêtres. Lors du mariage elle est arrachée et on en voit des traces sur le mur. Le mariage s'est donc passé après 1927. Mais pas si longtemps après que cela.
Sur les trois photos on a les mêmes volets, en particulier ceux de la fenêtre de droite, fermés sur les 3 photos, et qui montrent, dans le bas, deux lattes abîmées .


Le problème n'est pas à mes yeux résolu et la recherche n'a pas été sans surprises.
J'ai par exemple trouvé que dans Les Lettres nouvelles (9, déc. 1960, p.112-122) (Repris en partie dans Le Palace et dans Histoire) Claude Simon avait publié un texte intitulé Matériaux de construction , dans lequel on peut lire ( extrait d'une très longue phrase comme il sait en écrire):
[...] et en face de la maison il y avait un garage avec un atelier de réparations la façade constellée de réclames aux vives couleurs pour des marques de lubrifiants ou de pneus, Veedol : jeune homme en chemise kaki et combinaison bleue à plastron et bretelles les manches retroussées sur des avant-bras musculeux la chevelure calamistrée (calaminée) tendant avec un sourire vainqueur vers le spectateur un bidon dans sa main qui a l'air de jaillir en avant de l'affiche, ou encore Hutchinson : rémouleur hirsute à la barbe hérissée coiffé d'un chapeau claque en accordéon aiguisant un couteau de cuisine sur un pneu, regardé par un petit chien (roquet) blanc à l'air étonné, les senteurs d'essence de cambouis et de dissolution se mêlant dans la chaleur d'août aux relents sûrs qui montaient de la rivière [...]
J'ai trouvé ça sur un site d'un certain Berlol qui a mis en ligne des Textes de Claude Simon parus en revues entre 1955 et 1985, dans une page qui s'appelle Fragments.
Il va falloir pour continuer que je me renseigne sur la marque Veedol dont parle Claude Simon, et sur ce Berlol bien sûr, seule référence Google quand on tape " rémouleur hirsute".
S'agit-il d'un nouveau type de rémouleur aiguisant sa plume sur la roue d'Internet ?