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ma vie dans le Perche
Propos sur la littérature et la peinture.
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L'atelier de Francis Gury
ou : Que peut-on faire dans un tel chantier ?

C'est fou le nombre d'artistes, qui après avoir bourlingué (on dit aussi traîner ses guêtres) un peu partout, comme Francis, en Iran, en Grande-Bretagne... et qui décident finalement de se cacher au fin fond d'un village.
Celui-ci, en Haute-Marne a environ 211 habitants, est dans la vallée de L'Aujon, à 3km au Sud-Est d'Arc-en-Barrois, en bordure de la forêt domaniale. Il s'appelle Cour-L'Évêque.
La maison n'a de restaurée que le vital. La plupart des bâtiments sont vides.
L'atelier est dans tout son jus.
Quand on entre, on ne peut pas se dire autre chose que mais que diable peut donc bien foutre un type à longueur de journée dans un bordel pareil ?
On ne peut même pas s'y déplacer , à peine tenir debout, vu l'encombrement même du sol, où dans des seaux trempent et rouillent des bouts de ferraille, s'enchevêtrent des rouleaux de ficelle, de fils électrique, des morceaux de ferraille, des cailloux, des boites vides, des papiers chiffonnés et je ne sais quoi d'autre...Y'a bien des chaises (et dans quel état!) mais pas de place dessus pour s'assoir, devant de toute façon, des tables encombrées ...
On voit bien qu'on a essayé de ranger, mais bonjour les étagères ! (sensible aux étagères ?)
Tiens, il y a un téléphone mobile. On se demande bien pour quoi faire. J'imagine sa femme :
" Allo, chéri, viens manger, ça refroidit ..."
Mais que fabrique-t-il donc avec tous ces marteaux, tenailles, pinces, limes, clefs à molette, poids, sopalin, terres, bougies, fils électriques, chatterton, rubans adhésifs... ? Je vois même un seau avec pleins d'os brûlés. J'en reconnais l'origine : les pelottes de régurgitation...célèbres dans nos granges quand il y dort une chouette...Serait-il naturaliste ?
C'est quand même pas un garagiste, un réparateur d'automates, un fabriquant de maquettes ?
Y'a bien des pinceaux, mais aussi du papier d'aluminium, une caisse de bouteilles d'huile, ç'est peut-être, avec le sopalin, pour huiler ou nettoyer des machines ? Mais lesquelles ? On n'en voit aucune dans la pièce.
Un peintre ? Peut-être, mais y'a pas tant de pinceaux que cela si on regarde bien. D'habitude, chez un peintre, on voit plein de pinceaux, de stylos, de crayons à papier et des toiles vierges, des rames de papier...Rien de tout cela ici.
J'essaie de poser quelques questions. Je n'obtiens pour réponses que des petits rires.
Je ne saurai que tout à l'heure, quand il nous montrera son "travail".
Vincent et Chantal, qui m'ont amené ici, se marrent aussi. Ils savent eux !
C'est une splendeur.
Francis Gury nous en montrera un peu plus d'une centaine.
C'est sur du support papier assez fort (Arches...), et sur un ou deux formats différents seulement. Il y a des " grands " (grande majorité) et des " plus petits ".
Il y a un peu de dessin, des formes (presque toujours un seul cercle, (rond ou soleil ?) qui vire à l' obsessionnel), du relief, du volume, de la matière toujours.
Une sorte de sculpture de matière sur papier.
On y trouve du gratté, du collé, du frotté, de l'écrasé du coupé, du plié, du pressé, du poli, du rugueux, du lisse, du fin, du grossier, du brillant, du mat. Cela dépend.
À chaque fois c'est une expérience, une surprise, une découverte, une émotion silencieuse.
Cela dépend des trous, des rayures, des brûlures, du papier d'aluminium, des sables, du graphite, du mica, de la peinture, mais surtout de la lumière.
La couleur varie avec l'éclairage, l'inclinaison du papier, la position du voyeur, le vernis ou son absence.
Ce que l'on voit dépend de la matière et de la lumière, et de notre manière de voir.
Le problème de chaque "tableau" est toujours celui du rapport, de l'interaction entre la lumière et la surface.
Tout simplement plus rien à dire, songeur, quand nous sommes assis alors devant un Pommard (Clos des Ursulines), et quelques desserts proposés à l'ombre de deux bougies.
Ce n'est qu'alors que j'entendis le bois qui crépitait dans la cheminée.