vendredi 28 juillet 2006 jour précédent jour suivant retour au menu
C'est grâce à Guy Chambelland...
que j'ai commencé à lire Georges Henein.

J'avais rencontré Guy Chambelland, suite aux illustrations que j'avais faites pour Les yeux paralysés de Christian Dufourquet. Rencontré n'est pas au début le mot exact.
Pour une éventuelle histoire littéraire, ou le grand livre que cet homme d'exception mériterait (analysant aussi bien l'homme, le poète, que le grand découvreur et passeur qu'il fut au travers de son travail d'éditeur) la suite des évènements nous concernant fut celle-ci :

- 18 août 1981 : Lettre de jcb à Guy Chambelland.
Postée de Saint-Louis du Sénégal, et dactylographiée, je lui envoyais les originaux et les photos des illustrations que je lui proposais pour le prochain recueil, à paraître chez lui, de poèmes de Christian Dufourquet.
Je lui annonçais à la fin ma venue à Paris en septembre, et que je resterai en France jusqu'au 15 octobre.
J'y donnais l'adresse de ma mère, où il pourrait m'écrire jusqu'à cette date.
- 30 août 81 : lettre de G.Chambelland à jcb.
C'est donc la première lettre que j'ai reçue de Chambelland. Dactylographiée, elle est envoyée chez ma mère à Verneuil sur Avre, rue Jean de la Varende.
Il accuse réception de mes originaux en me flattant d'un " Tous sont remarquables..." .
Suivent des considérations techniques nécessaires à l'impression, et une demande pour les éditions de tête numérotées, et penser à ce que je pourrais fournir (gravure, litho, dessin original...)
- 26 octobre 1981 : lettre de jcb à Guy Chambelland.
Écrite de retour au Sénégal, sans avoir rencontré Chambelland à Paris.
Je lui propose un original de tête, qu'il tirera lui-même et qu'il me renverra pour que j'y ajoute, pour chaque exemplaire (30 exemplaires sont prévus) des écritures sur la peinture, un numéro et ma signature.
- Il m'avait envoyé un catalogue de ses éditions de tête très impressionnant.
Sachant que Chambelland ne fonctionnait qu'au coup de coeur et à l'amitié, et qu'il ne payait jamais les auteurs (il disait : " Des sous ? mais j'en n'ai pas. sert toi en bouquins sur les étagères ! ", ce qui fait qu'on ne repartait jamais de sa librairie, Rue racine, les mains vides...) on peut voir qui il connaissait...
Mais on pouvait vite voir son parcours dans l'époque aux noms qui avaient fait pour lui des originaux pour les tirages de tête : On trouve (parmi cent) : Corneille, Sonia Delaunay, Desnoyer, Léonor Fini, Helion, Wilfredo Lam, Man Ray, Moretti, Max Papart, Picart le doux, Picasso, Pignon, Mario Prassinos, Michel Seuphor, Joseph Sima, Robert Tatin, Topor...).
Comme il me demandait souvent des sous, quand il était dans la dèche, ce qui était quasiment tout le temps, je lui avais acheté je me souviens un livre de José Petere Herrera, El incendio, avec une litho couleur signée Wilfredo Lam.
Et comme j'ai toujours moi aussi des problèmes d'argent (car je dépense plus que ce que je gagne), j'ai bien sûr revendu plus tard (mais il n'y a pas si longtemps) cette superbe et rare litho.
Chambelland faisait partie de ces gens, comme Maurice Nadeau, qui ont connu tout le monde...
- Les yeux paralysés de Christian Dufourquet.
sortirent de ses presses (il avait toute son imprimerie dans sa grange à Bagnols sur Cèze, que j'eus le plaisir de visiter plus tard) le 15 octobre 1981.
Comme toujours, il avait tiré lui-même chaque feuillet, sur le papier choisi avec l'auteur, et antidaté la date d'impression (pour ne pas s'engueuler avec l'auteur qui s'impatientait de ne pas voir arriver son livre... " Mais si, je te jure, il est sorti...".) (Ma lettre du 26 octobre en est une preuve incontournable).
Nous fûmes, aussi bien Christian que moi, satisfaits du travail et du recueil, qui marquait par ailleurs le début de notre collaboration à tous les trois.
Quelques temps plus tard, je proposais à Chambelland mon premier recueil, et commença alors une longue correspondance (manuscrite cette fois) entre lui et moi, que j'ai bien sûr gardée et qui ne s'acheva qu'avec sa mort le 13 janvier 1996.
Je pleure sa disparition encore.
Mais revenons à Georges Henein.
Chambelland, en plus de sa maison d'édition (Le Pont de l'Épée, ouverte en 1957) publiait une revue de grande qualité qui s'appelait aussi Le Pont de l'épée.
En 1981, quand j'ai commencé à lui écrire, il venait de sortir, un double numéro (71-72) exceptionnel, consacré à Georges Henein et que j'avais reçu aussitôt en m'abonnant à la revue. On ne peut pas dire que Henein était à la mode, même s'il était connu des meilleurs.
Mais on voit le talent de Chambelland, qui en 40 ans, on peut le dire, n'est jamais passé à côté des meilleurs.
À l'ordre du jour de cet hommage, on trouvait des études, des portraits, des critiques, des textes rares, des lettres, et même des inédits...le tout grâce et avec l'autorisation de Madame Boula Henein.
C'est donc à Guy Chambelland que je dois de connaître Georges Henein.
Depuis cette année mitterrandienne (le numéro avait été imprimé le 15 mai 1981 !), je n'ai jamais quitté Georges Henein.
Je reparlerai donc de Guy Chambelland et de Georges Henein.