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café "Mai pourquoi" à Nogent : sur une question parmi d'autres
ou : pourquoi je ne connais pas Bonneval.

L'association Mai Pourquoi, fondée en 2008, comme son nom l'indique pour commémorer les évènements de mai 68, présidée pour ne pas dire dirigée voire commandée par Jean Thenaisy, organise chaque année un cycle de "cafés" (conférences/discussions) et quelquefois des "soirées théâtre" dans la brave ville de Nogent-Le-Rotrou.
Le plus souvent Jean Thenaisy met un point d'honneur, pour ne pas dire fierté, à choisir et faire venir dans ce Perche pourtant si calme des personnalités ou sommités parisiennes qui le temps d'une soirée délivrent aux simples Percherons que nous sommes leur avis d'expert ou de spécialiste.


Il faut donc remercier Jean Thenaisy de cette initiative fort bienvenue et appréciée puisqu'à chaque fois la salle est comble et le succès évident, ce qui ne va pas d'ailleurs sans poser de problèmes pour l'avenir : il faut trouver une salle et un restaurant assez grands pour accueillir ceux qui veulent profiter de l'ambiance, approfondir la question et nourrir leur réflexion avec des forces autres que spirituelles.

Vendredi dernier, 21 janvier 2011, 18h30, complexe Aquaval, Nogent-le-Rotrou.
Le nouveau cycle commençait par une question très angoissante qui nous mine la vie depuis peu (non, pas vous ?) (même si certains l'ont posée depuis des années) : "La Chine une super puissance ?". La réponse est évidente, mais il était intéressant de voir ce qu'en dirait l'invité Claude Meyer, professeur à l'institut d'études politiques de Paris, plus connu sous le vocable de Sciences Po, vous savez, la boite qui a fabriqué Jacques Attali, Raymond Barre, Jacques Chaban Delmas, Michel Debré, Lionel Jospin, Georges Pompidou, Anne Sinclair... Il paraît même que Léo Ferré, Marcel Proust et Julien Gracq ont usé leurs culottes. Vous voyez, des gens bien quoi !

J'ai l'air de plaisanter, mais c'est vrai :
Marcel Proust, après avoir été élève au Lycée Condorcet, devancé l'appel et fait son service militaire à Orléans, à suivi à l’École libre des sciences politiques, ancêtre des Sciences Po, les cours d'Albert Sorel (qui le juge « pas intelligent » lors de son oral de sortie) et d'Anatole Leroy-Baulieu (qui sera directeur de Sciences Po de 1906 à 1912).
Pour Léo Ferré aussi c'est vrai : en 1935, après avoir eu son bac philo, il a quitté Monaco pour s'inscrire à Sciences-Po à Paris dont il sortira diplômé, ce qui ne l'empêchera pas en 1939 de retourner à Monaco et d'être balayeur !
Quant à Louis Poirier, Julien Gracq, il est bien aussi sorti diplômé en 1933 de l'École libre des sciences politiques, pour se spécialiser ensuite en géographie "en hommage à Jules Verne" et publier l'année suivante son premier texte : "Bocage et plaine dans le sud de l'Anjou".
Bref, Sciences Po est une école qui mène à tout à condition d'en sortir !

Claude Meyer, homme sympathique agréable et d'un calme séduisant, et donc sous le regard admiratif et fasciné de Jean Thenaisy qui a tout noté (rappelons quand même que Claude Meyer présenté par France Culture comme "Chercheur au GEM-Sciences Po et ancien directeur général adjoint d'une banque japonaise, docteur en économie, diplômé en philosophie, en sociologie et en japonais, enseigne l'économie internationale à Sciences Po et à l'étranger" avait déjà répondu brillamment à cette question, avec "d'autres experts" dans les matins de France culture le 5 novembre dernier) (réécouter là, et même vidéos) a fait un exposé clair et structuré, avec une qualité rare aujourd'hui : ne pas donner ou imposer son avis personnel (d'expert et de spécialiste), laisser l'auditeur se faire sa propre idée. Avec un avertissement d'entrée à la hauteur de son intégrité : je suis avant tout un spécialiste du Japon (son récent dernier livre, aux Presses de Sciences Po s'intitule "Chine ou Japon : quel leader pour l'Asie ?"

Un bon prof c'est évident :
1- première partie : les atouts et les résultats, les faits, les chiffres incontournables et reconnus,
2- deuxième partie : les ombres au tableau pour la Chine
3- conclusion : doit-on avoir peur de la Chine ?

C'est la partie concernant les ombres qui m'a forcément le plus intéressé : je résume (moi aussi j'ai bien noté !) et dans l'ordre tel que Claude Meyer les a exposées :
- La grande dépendance des autres :
Dépendance vis à vis des matières premières (métaux, pétrole...),
des marchés d'exportation,
des technologies (celles que la Chine utilise actuellement sont à 60% d'origine étrangère)
- Les fractures sociales:
entre zones urbaines et rurales,
entre les salaires,
entre les très riches et les très pauvres.
- Les déséquilibres de la croissance:
écologiques (par exemple, 1/3 des eaux fluviales chinoises sont impropres à la consommation). Les incidents de masse sont en forte augmentation, les "émeutes vertes" aussi...
- Les fardeaux lourds qui se profilent:
comme la protection sociale, les surendettements territoriaux ou provinciaux...
- La grande hypothèque politique:
Combien de temps le pouvoir va t-il durer ? Comment vont évoluer les contestations écologiques, urbaines (cf quand on déplace des foules entières pour réaliser "un grand projet", cela fait de plus en plus de mécontents et qui commencent à manifester (et j'ajouterai de plus en plus difficiles à cacher au monde via Internet)...)

Ensuite Claude Meyer a ouvert le débat sur deux points :
- La Chine, trop dépendante des marchés extérieurs, n'est pas seule en Asie. En face d'elle il y a le Japon (toujours leader mondial en technologie et en nombre de brevets...), la Corée...
- La diplomatie de la Chine est à considérer avec attention. Sa défense de la Corée du Nord, son rôle de porte-parole de l'Asie à l'ONU, sa reprise de dettes de pays européens en difficulté, son commerce avec le Brésil et l'Afrique, ses conversations avec les Etats-Unis d'Amérique... montrent qu'elle veut, AU MOINS, dans un avenir proche devenir l'égale de ces derniers (on pourrait ajouter, pourquoi pas dans un avenir plus lointain, tout simplement devenir le leader de la planète).

L'ambiance attentive et l'intérêt des spectateurs ont fait qu'il n'y a pas eu, comme d'autres fois, de "pause café" ! Tout de suite les questions ont fusé, la plupart intéressantes. Mais à mes yeux, certaines réactions ont révélé la difficulté du sujet : que peut-on savoir vraiment de la réalité de deux pays (USA et Chine) qui
sont les spécialistes de l'idéologie, du mensonge, de l'intox, et de leurs projets d'avenir forcément non-dits?
On ne peut que chercher à s'informer (mais on sait que les sources potables aujourd'hui sont de plus en plus rares) et jouer au jeu des hypothèses.

J'ai particulièrement rigolé à deux interventions :
- l'une d'un homme qui disait s'intéresser de près à l'aviation, et qu'il avait lu avec sérieux un article disant que les avions chinois étaient nuls, quasiment en papier (dans ma jeunesse c'est le capitalisme qu'on taxait de tigre de papier) et sans informatique à bord, et qu'il ne fallait donc avoir peur de l'aviation chinoise.
(Le plus drôle étant que ce sont les Japonais qui construisent aujourd'hui un avion en papier pour le lancer dans l'espace, comme l'annonce l'agence spatiale japonaise)
- et l'autre d'une jeune femme, qui s'est levée pour qu'on la voit bien, après avoir bien sûr précisé qu'elle avait vécu en Chine, qu'en technologie ils étaient nuls, et que tous les gens là-bas (en Chine) n'achetaient pour des achats sérieux et de qualité qu'au Japon.
Je dois avouer que ça m'a fait rigoler parce qu'aller au Japon pour acheter son IPod où il est marqué au dos "assembled in China" est ridicule. Tous les iPhone Apple du monde sont assemblés par la société Foxconn electronics (société taïwanaise) à Shenzhen, dans le sud de la Chine ! Sans parler de l'assemblage ou de la fabrication des composants de son ordinateur acheté au japon ! (juste pour informer cette innocente jeune femme, Foxconn travaille entre autres marques pour Apple Inc., Amazon.com, Hewlett-Packard, Dell, Nintendo, Nokia, Microsoft, Sony, Sony Ericsson, SFR ...)

mais pas méchamment :
1- Il y a toujours quelqu'un dans ce genre de rencontres qui est venu pour dire qu'il connaît ou qu'il a vécu lui aussi dans tel ou tel pays, peu importe si c'était il y a 15 ans ou plus, il connaît ! Il n'a pas appris la langue, il a vécu dans l'enceinte de l'Ambassade de France, dans le quartier résidentiel des blancs, peu importe mais il connaît le pays, ses habitants et ses dirigeants !
2- Manifestement ces deux interventions étaient orientées pour dire qu'il ne fallait pas avoir peur des chinois, qu'ils faisaient de l'intox, MAIS sans se rendre compte eux-mêmes qu'ils étaient le fruit de l'intox inverse, qu'ils préféraient sans doute parce qu'elle les rassuraient.

Car c'est bien là ce qui m'intéressait vraiment et qui n'a pas été abordé, faute de temps entre autre, et qui concernait la peur de la Chine. Avoir peur de quoi ? Quelle est la nature profonde de cette peur ?

Mon premier contact avec la Chine fut mon éducation, dès petit, où quand on ne comprenait pas quelque chose on disait que c'était "du chinois". On peut imaginer ce qu'un enfant imagine : le chinois, ça doit être quelque chose ou quelqu'un de redoutable, en tout cas, qu'on ne peut pas comprendre. Un peu comme on me disait aussi, si je n'étais pas sage, qu'on allait m'enfermer "à Bonneval" (petite commune de 4000 habitants au coeur de la Beauce). Je ne savais pas ce qu'était Bonneval mais ça me terrifiait, pire que le loup qui devait me dévorer ! (tout ça parce qu'à Bonneval il y avait un grand hôpital psychiatrique dirigé par le célèbre professeur Henri Ey (très connu d'ailleurs au japon) qui y fonda l'Association mondiale de psychiatrie) où on a longtemps enfermé les "fous" (ou ceux dont on ne savait pas quoi faire) d'Eure et Loir et d'ailleurs, mais ça, je ne l'ai su que beaucoup plus tard, ce qui fait que je ne me suis jamais arrêté à Bonneval et que je ne connais toujours pas cette ville).

Si la Chine fait peur à certains aujourd'hui, personnellement je n'ai aucune peur, j'ai mon hypothèse favorite. Je m'explique : je n'aime pas la Chine communiste, autoritaire, idéologique forcenée (quand ça l'arrange mais capable de faire semblant de mettre de l'eau dans son vin jaune quand il s'agit de fric, de mentir effrontément...), son manque de liberté individuelle, son manque de liberté d'expression, son oppression de ceux qui ne sont pas d'accord, qui décide des pages de Google, etc. Et j'insiste : etc. Pour être clair : je n'aime pas la Chine pour tout ce qu'on peut à juste titre lui reprocher !
Mais je pense que si la Chine fait peur aujourd'hui, c'est que quand elle sera un (ou le) maître du monde, cela veut dire que la France, l'Europe... devront rabaisser leur caquet de donneurs d'exemples, de lumières du monde, etc aussi. (Ce qui est déjà commencé on peut le dire aujourd'hui). On nous a tellement répété longtemps à l'école et dans les médias qu'on était les meilleurs que la plupart des français ont vécu avec "cette vérité là" dans la tête. Ce n'est donc pas étonnant que ce qui se passe depuis la mondialisation, nous fasse peur de passer de "grand" à "petit", blesse notre égo, narcissisme oblige. On a eu notre splendeur (facile avec tout ce que nous a rapporté la colonisation), mais elle est bien finie, il n'y a qu'à regarder le nombre d'endroits à l'étranger où déjà aujourd'hui on se moque publiquement ou dans la presse de la prétention gesticulante de nos petits chefs. Plus personne n'a peur de la France !
Personnellement je m'en fous. La seule splendeur française à mes yeux tenait de nos artistes, de nos écrivains, de nos peintres, de nos penseurs, de sa "Culture"... Le seul espoir que je porte reste en eux.
Cela fait rire beaucoup de gens quand je le dis, les seuls qui pourront sauver la planète, s'il n'est pas trop tard, ce sont les artistes.

Et pour en finir avec la Chine (qui ne fait que commencer) il ne faut plus dire ou avoir peur de ce qui se produit ou risque de se produire : cela se produira !

Par contre, une chose qui pourrait ne plus se reproduire, (allez Monsieur Thenaisy, un peu d'attention) c'est le repas qui a suivi la rencontre (où il est conseillé de s'inscrire).
Si on peut certes s'assoir où on veut et avec qui on veut (ben heureusement encore!), faire une seule longue table comme ça c'est inutile et rageur. On n'y rencontre personne, on ne peut discuter qu'avec son vis et vis (et au mieux son voisin). Je propose à Jean Thenaisy qu'il prévoie ou fasse mettre des tables de 8 au maximum, et pourquoi pas en rond. Autant aller manger sinon avec ses amis dans un autre restaurant. D'autant plus que là, pour 20 euros, on nous a servi un diner qui ne dépassait pas le déjeuner qu'on trouve partout dans la région à 12 euros, quart de vin et café compris.
Celui des ouvriers, des secrétaires, bref de ceux qui travaillent et ont une heure pour manger.
C'était un peu chacun dans son coin et ne prolongeait en rien ce "café Mai Pourquoi".

La seule chose qu'on peut donc dire finalement de ce "café", c'est que "c'était intéressant", comme la plupart du temps, et qu'il démontre que ce n'est pas parce qu'on est au fond du Perche qu'il n'y a rien à faire, et qu'on ne peut pas viser la qualité. Les gens sont prêts à aller voir ce qu'on leur propose, ce que n'avait pas manqué de faire remarquer Jean Thenaisy en les remerciant, certains étaient venus de Châteaudun, La Loupe et d'ailleurs...même de Thiron-Gardais !