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Exemple de ce que l'on peut dire qu'on a vu
lors d'un vernissage, images à l'appui.
ou : l'homme qui joue avec les dés

Il ne faut donc pas considérer cette page comme une critique du travail exposé de Jean Cerezal-Callizo ainsi que celui qui est en cours à la Galerie In Situ (que j'appelais jusque là Galerie 7) à Nogent-Le-Rotrou. Au passage, il va falloir que j' éclaircisse ce problème d'appellation qui me trouble à chaque fois, comme samedi matin sur le marché.

- Tu vas au vernissage ce soir ?
- où ça ?
- à la galerie 7
- oui.. à la galerie In situ c'est ça ?
- ben tu sais bien... à Label Friche !

Dans ma tête rien n'était clair : j'avais pour information un carton parlant d' "un projet photographique participatif" intitulé "Le Carré des Anges" avec deux vernissages annoncés.

J'avais aussi une affichette apprenant que ce projet " Le Carré des Anges " avait son propre site et qu'on pouvait aussi y participer par Internet (où on apprend qu'il est inscrit dans le temps et que Nogent-Le-Rotrou en est la cinquième étape, après Paris, Issoire, Aubais, La Rochelle).
On y comprenait que la participation consistait en ce que chacun de nous pouvait apporter une photographie de soi ou de ses enfants (ou de quiconque après tout) de la naissance à douze ans, et que l'artiste la transférerait sur un dé en porcelaine !
Amasser ou collectionner des dés à coudre n'est pas une maladie, c'est de la digitabuphilie, et le portrait n'y est qu'un thème parmi d'autres, et il existe de nombreuses possibilités de les exposer (on peut voir là que c'est un des problèmes à résoudre pour les digitabuphiles).
J'étais donc très impatient de voir ce que Jean Cerezal-Callizo faisait avec ses dés et comment il allait nous les montrer, et je me pointais donc, comme d'habitude à l'heure voire en avance, à ma galerie nogentaise préférée (de toute façon il n'y en a pas d'autre digne de ce nom) samedi 7 janvier 2012, 18 heures, à Nogent-Le-Rotrou. Impatient de voir ma première exposition de l'année !
Je n'étais pas le seul !
Je m'attendais à voir des dés partout, du sol au plafond.. Et bien non.
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Sur les murs (et sur le sol dans la pièce de gauche) il n'y avait que des photos, des toiles, un grand montage peintures et cadres lumineux... Cette expo montrait donc aussi des oeuvres antérieures de l'artiste, extraits de séries déjà exposées et qui s'intitulent Christ has no face (2009) ou Poussières d'anges (1995-2011), ou simplement des photographies argentiques sur toiles (triptyque de 2010)...
Il y aurait beaucoup de choses à en dire (à décrire, analyser et critiquer)(références au Suaire de Turin, au Christ mort de Philippe de Champagne, aux murs de portraits de Boltanski...) Demandez à l'artiste (il est souvent là) comment il a fait les douze apôtres, à partir d'un crâne de chien ! Ces travaux méritent à eux seuls le déplacement, même si dans le fond, on peut trouver un lien avec le travail sur les dés pour lequel je suis venu.
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Quand je suis entré, ils étaient là, discrets sur une petite table ronde à droite de l'entrée, recouverts d'une serviette en papier et empilés sur une glace sur laquelle étaient aussi des petites boules de pâte à coller.
C'est peut-être idiot ce que je vais dire, mais ça m'a plu. C'était tout simplement beau. Ça se voit sur mes photos en couleur et non retouchées. Ce truc là, je le sentais bien.
J'aurais pu repartir, ça me suffisait pour la journée.
Sur le sol, à côté de la table, il y avait un grand miroir carré que l'artiste, quand je suis entré n'arrêtait pas d'astiquer, essayant de supprimer toutes les traces visibles.
Pour un photographe, la présence d'un miroir est bien sûr une aubaine et prétexte à tous les jeux possibles
Photo de l'artiste enlevant les poussières sur le reflet de la photo d'une poussière prise au microscope...
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Après avoir dispersé les petites pâtes à coller, il commença à fixer dessus les dés, parfois aidé par des enfants qui visiblement n'ont pas résisté à ce qui leur semblait un jeu rigolo.
Travail horizontal qui se reflétait en même temps au plafond, mais qui photo retournée transforme le plan des dés en rideau vertical...
Les dés se transformant à cause de la vitrine en gros flocons de neige...
Extraits et exemples :
De quoi se perdre à un moment dans cet espace devenu magique, avec des effets surprises (comme de s'apercevoir que les reflets des dés dans le miroir sont bleu-vert...)
L'installation finie, les gens se dirigent vers le bar où ils peuvent boire, clin d'oeil de la galerie, dans des gobelets qui imitent les dés, chacun portant un portrait d'enfants. Ils se renseignent aussi sur les conditions d'une participation. C'est simple, on amène une photo et on pourra passer récupérer le dé en porcelaine avec la photo dessus dans quelques jours. Il faut signer une décharge, et le prix est modique : deux euros.
L'artiste est assailli de questions. Pourquoi faire ça ? D'où vient cette idée ? Il répond sans peine, parle de lui, de son parcours et de son travail avec facilité.
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Les gens commencent à partir et la galerie se vider...
Mais c'est alors que Jean Cerezal-Callizo décide de soulever le Carré des Anges pour le poser sur un petit moteur qui le fera tourner.
Les animateurs de la galerie et de Label Friche fatigués peuvent enfin s'asseoir et commenter cette soirée vernissage très réussie.
C'est l'heure du dernier verre, des dernières pensées silencieuses lors du dernier tour des salles pendant que le Carré des Anges tournait silencieusement...
C'est ouvert tous les jours jusqu'au 28 janvier, de 10h à 14h et de 15h à 20h, sauf les jeudi et vendredis matins.
Passez voir, vous ne le regretterez pas, n'ayez pas peur de poser des questions et de vous approcher. Apportez vos photos.

Quand je suis parti, ça tournait aussi dans ma tête.
Dans la voiture et dans la nuit, en pensant qu'Einstein disait que Dieu ne jouait pas aux dés et que certains de ces enfants étaient peut-être déjà morts, je devins même un peu triste.
Je retombais sur mes sensations et mon idée de départ. Le travail de Jean Cerezal-Callizo, qui se fait autour du souvenir, de la mémoire, de la dématérialisation des corps, des traces de ce qui reste des vivants au fil du temps, peuplé de fantômes et de visions, de restes et de poussières (même vues au microscope), est un travail artistique certes, mais surtout métaphysique.
Plus tard, en buvant un grand vin chaud, je me suis promis de chercher des photos de mes filles quand elles avaient moins de douze ans.
Ce qui ne fait pas si longtemps que cela, me rassurais-je un peu facilement.