Blasons et contre-blasons
En attendant la dernière page promise hier, impossible de ne pas sucer ces mots que nous ne saurions boire...
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Le blason est un court poème écrit à
la louange d'un objet quelconque, dont on célèbre les vertus singulières. À l'origine, c'est le poète Marot - avec son Blason du beau
tétin qui fut le fondateur de ce qu'on peut considérer comme un jeu littéraire.
Il connut son apogée avec les poètes lyonnais (Héroët, Scève, Marot). Les émules ne manquèrent donc pas, de Maurice Scève
(Blason du sourcil) à Mellin de Saint-Gelais (Blason de l'oeil), pour s'en tenir au seul XVIème siècle. Ayant pour origine le dit médiéval,
c'est donc tout simplement une description détaillée d'une personne ou d'un objet dont on fait l'éloge ou la satire. Concernant notre étude, on ne pouvait pas
passer sous silence le "Blason du beau tétin"
que Marot écrivit en 1536, ni son répondant (Du laid tétin)qui abjurait le premier, inventant le contre-blason, qui célébrait
le "rebours" des beautés.
Rémi de Belleau (Ah, Nogent le Rotrou ...) le rénova sous la forme de l'hymne-blason.
Ce blason et ce contre-blason font partie des épigrammes, datés de 1535. |
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Nipple,mamelon (ou tétine), Cindy Sherman, 1990 |
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Blason
Blason du beau tétin |
Faut-il choisir son camp ? |
Contre-blason
Du laid tétin |
Tétin refait, plus blanc qu'un oeuf,
Tétin de satin blanc tout neuf,
Toi qui fais honte à la rose,
Tétin plus beau que nulle chose,
Tétin dur, non pas tétin voire
Mais petite boule d'ivoire
Au milieu duquel est assise
Une fraise ou une cerise
Que nul ne voit, ne touche aussi,
Mais je gage qu'il en est ainsi.
Tétin donc au petit bout rouge,
Tétin qui jamais ne se bouge,
Soit pour venir, soit pour aller,
Soit pour courir, soit pour baller,
Tétin gauche, tétin mignon,
Toujours loin de son compagnon,
Tétin qui portes témoignage
Du demeurant du personnage,
Quand on te voit, il vient à maints
Une envie dedans les mains
De te tâter, de te tenir :
Mais il se faut bien contenir
D'en approcher, bon gré ma vie,
Car il viendrait une autre envie.
Ô tétin, ni grand ni petit,
Tétin mûr, tétin d'appétit,
Tétin qui nuit et jour criez
« Mariez moi tôt, mariez ! »
Tétin qui t'enfles, et repousses
Ton gorgias de deux bons pouces :
A bon droit heureux on dira
Celui qui de lait t'emplira,
Faisant d'un tétin de pucelle,
Tétin de femme entière et belle.
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Deux descriptions radicalement opposées du sein. À gauche, c'est rouge, c'est rose, c'est blanc. On y cause satin, rose,
cerise, ivoire et fraise. Que du plaisir ! et que de l"humour. À droite, on n'a que du noir, du grillé, du marron (bourbe).
On fait semblant de n'en avoir jamais vu, on est hypocrite ("Que nul ne voit [...] mais je gage qu'il en est ainsi".
À gauche, le sein est bien formé, jeune, galbé, ferme ("jamais [il] ne se bouge"), il est dur et gracieux.
À droite, il n'a rien que la peau, il est vide, il fait flac flac comme un drapeau, il tombe, il pendouille. Il " brimballe".
À gauche, il est doux, on a envie de le caresser, de la toucher,
À droite, il est terni, ridé, c'est un exploit d'y toucher et on ne peut s'en vanter
Marot parle aux deux.
Mais à l'un il dit de se marier, la jeune femme est jeune et belle, future allaitant... à l'autre, la femme est vieille. Le tétin c'est l'âge,
C'est d'un côté le désir/jeunesse
et de l'autre le dégoût/vieillesse. d'un côté c'est l'érotisme, la tentation, le désir ("il viendrait une autre envie"),
le fruit défendu qui mène au sexe. De l'autre, c'est le dégoût, le " vilain bout noir ", le boyau de Lucifer... la laideur et la honte,
on n'a pas envie d'aller plus loin... sous risque de vomir !
Autrement dit, chez Clément Marot,
on bande dans le blason, on débande dans le contre-blason. |
Tetin, qui n'as rien, que la peau,
Tetin flac, tetin de drapeau,
Grand' Tetine, longue Tetasse,
Tetin, doy-je dire bezasse ?
Tetin au grand vilain bout noir,
Comme celuy d'un entonnoir,
Tetin, qui brimballe à tous coups
Sans estre esbranlé, ne secoux,
Bien se peult vanter, qui te taste
D'avoir mys la main à la paste.
Tetin grillé, Tetin pendant,
Tetin flestry, Tetin rendant
Vilaine bourbe au lieu de laict,
Le Diable te feit bien si laid :
Tetin pour trippe reputé,
Tetin, ce cuydé-je, emprunté,
Ou desrobé en quelcque sorte
De quelque vieille Chievre morte.
Tetin propre pour en Enfer
Nourrir l'enfant de Lucifer :
Tetin boyau long d'une gaule,
Tetasse à jeter sur l'epaule
Pour faire (tout bien compassé)
Ung chapperon du temps passé ;
Quand on te voyt, il vient à maints
Une envye dedans les mains
De te prendre avec des gants doubles
Pour en donner cinq ou six couples
De soufflets sur le nez de celle
Qui te cache sous son aisselle.
Va, grand vilain Tetin puant,
Tu fourniroys bien en suant
De civettes et de parfums
Pour faire cent mille deffunctz.
Tetin de laydeur despiteuse,
Tetin, dont Nature est honteuse,
Tetin des vilains le plus brave,
Tetin, dont le bout tousjours bave,
Tetin faict de poix et de glus :
Bren ma plume, n'en parlez plus,
Laissez-le là, veintre sainct George,
Vous me feriez rendre ma gorge.
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