jeudi 4 mai 2006 jour précédent jour suivant retour au menu
Le cerf hante de ses bois nos nuits depuis l'aube de l'humanité. Son brame viril et rauque intimide les rivaux, le signale à la femelle. Il allonge le cou, ses yeux chavirent. C'est l'extase ! Mais l'homme est là avec ses flèches et ses chiens qui le poussent à la noyade pour ne pas être égorgé. Il n'a aucune chance : on l'attend sur l'autre rive.
Dans les quatre peintures citées hier, les deux Lucas Cranach, père et fils, n'y vont pas de main morte dans les détails jusqu'à l'eau de la rivière qui devient furieuse, allant jusqu'à simuler d'orageux nuages.
Mais le génie de ces peintres est que l'horreur ne soit qu'un détail perdu du tableau, qu'on ne soit pas forcé de la voir, qu'on ne la découvre que si on la cherche (et pour cela il faut s'approcher car la plus grande peinture mesure 1,72 m de long sur 1,14m de haut). (toutes les images de cette page ne sont que des détails).
La scène de chasse est somptueuse et perdue dans une nature non moins majestueuse coiffée par le château de Torgau, ville où réside leur ami Luther. La mise en scène, la composition est à chaque fois très recherchée. À cause des nombreux participants (hommes, femmes, chiens, chevaux), perdus dans la vaste nature, les cerfs ne sont là que comme figurants du plaisir des grands, et la toile est non seulement bruyante, mais VIVANTE.
Quelle joie de vivre dans ce monde, quand on est du bon côté, n'est-est-pas ?
Le bonheur de l'horreur cachée.