jeudi 6 juillet 2006 jour précédent jour suivant retour au menu
Journée passée à glan(d)er
Le paysan qui s'occupe des terres autour de la Chambrie a commencé la moisson.
Cela faisait des années (sans doute décennies) que je n'avais pas marché dans des chaumes.
Cela me rappelle mon enfance à Bérou la Mulotière, Montigny sur Avre, mais encore plus avant, le champ qui bordait notre maison à Senonches.
Je retrouve le plaisir enfantin du craquement sous les semelles, identique chez moi à celui du crissement de la neige.
Impossible que ne reviennent pas des images de toits de chaume de la Normandie, ceux peints par Van Gogh,
ou de me souvenir d'une partie de cerf-volant avec Paule et mes nièces...du temps où Paule était encore avec moi...
Plaisir à la limite de la douleur devant ces rayonnages, géométrie secrète associée à la pauvreté, aux glaneurs les soirs d'été dans les années 50...C'est tout un drame des origines qui se rejoue et s'avive...
Je me penche et ai une envie irresistible d'en prendre une poignée dans la main, mieux entendre ce que cela me dit.
Écouter ce que ces tiges qui me semblent d'or ont gardé de secrets personnels.
Presqu'envie de les manger.
Et dire qu'aujourd'hui, on n'a (presque plus le droit de glaner ! Il faut lire la législation sur le glanage, (qui entre dans le cadre de l'acquisition à titre gratuit) et la connaître sous peine d'être puni, dit le texte, comme " voleur " !
À lire aussi l'excellent texte sur les divers aspects de la gratuité de Bureau d'étude, le passage sur le glanage dont l'extrait suivant fait peur, montrant que cela va bientôt disparaître :
"Au titre du Droit de Glanage, le Code Pénal (article R 26) autorise, entre le lever et le coucher du soleil, le ramassage des fruits et légumes non ramassés dans les champs et les vergers, et des objets laissés dans la rue. Le Code Civil décrit également un certain nombre de biens disponibles à titre gratuit : épaves rejetées par la mer, objets trouvés… À quoi l’on pourrait ajouter les choses insaisissables et incoercibles telles que l’air, l’eau de mer, les pierres des montagnes ou les coquillages sur les plages. Mais ces biens à “faible transitivité“, incoercibles et insaisissables sont d’ore et déjà en voie de sortir du statut qui leur a été accordé (Res Nullius) pour entrer dans celui de Res Communis et de Patrimoine commun.
C’est sans doute par extension de ce statut particulier des Res Nullius que s’est institué la possibilité d’avoir accès à un verre d’eau gratuitement dans n’importe quel bar de France ou d’Italie. Cependant, des cafetiers se sont insurgés contre cette pratique qu’aucune loi ni décret ne rend obligatoire. Et de même, maraîchers et agriculteurs refusent parfois aux glaneurs le droit que le Code Pénal leur accorde, de récolter entre le lever et le coucher du soleil, les fruits et légumes laissés à l’abandon dans les champs.
" Nous sommes pourtant, comme le dit Agnès Varda (Lire dans Cadrage, 1ère revue en ligne universitaire française de cinéma, les glaneurs et la glaneuse, 2000), tous des glaneurs...
C'est le glanage qui aujourd'hui permet de survivre à bien des déshérités, glaneurs citadins, qui ne parcourent plus les champs, mais les fins de marchés, les containers ouverts ou les poubelles...
Ne glanons-nous tous pas aussi des images, des mots, des impressions ou des souvenirs ?
Ne sommes-nous pas des grappilleurs professionnels à ramasser tout ce qui est à portée de notre main et qui pourrait donner un sens à notre vie ?