Journal de Nogent le Rotrou
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ma vie dans le Perche
Propos sur la littérature et la peinture.
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Vacances à Thiron-Gardais 4ème jour : Iquitos
Dans la jungle amazonienne, à une heure de bateau d'Iquitos, je découvre pour la première fois de ma vie, une végétation à la taille, à la luxuriance, aux formes excessives. J'ai 22 ans et je m'y amuse comme un petit enfant qui découvre un nouveau terrain de jeu.
Avec Paule O. et Daniel.B on passe notre temps à traîner sur le fleuve en pirogue, et dans les rues presques désertes.
;; ;;
Iquitos ne compte que 78000 habitants dispersés dans la forêt mais surtout autour de Bélen, bazar boueux de maisons flottantes ou sur pilotis ou juste posées sur les berges.
Le Pérou fait rêver déjà, mais il n'est pas encore très touristique, ni accessible. C'est le tout premier début des charters, et le nôtre a été à lui-même une histoire incroyable de stops et d'escales non prévues, allant jusqu'à usage de faux papiers et j'en passe...
Il n'y a pas beaucoup d'hôtels, et ils consistent pour la plupart en espèces de lodges en bois.
On passe notre temps à boire sur les terrasses et à discuter, comme d'habitude.
Il y a a un côté exotique humide assez pesant. Fascinés par la trace des splendeurs passées sur les vieilles maisons aux faïences importées du Portugal, par l'histoire incroyable de la maison Eiffel (qu'ils appellent la Casa de Fierro, la maison de fer), qu'un exploitant de caoutchouc, Julio H.Toots, avait acheté à Paris, lors de l'exposition universelle de 1889, en pièces détachées, vaste meccano conçu par la Société Eiffel ! Un an pour arriver en kit à Iquitos, et que le type s'aperçoive alors qu'elle est beaucoup trop grande, et qu'il faut la couper en deux...
Nous sommes en fait trois jeunes touristes tranquilles et discrets, osant partir loin de France pour trois mois avec très peu d'argent, et c'est le cas, quasimment les mains dans les poches et sans bagages.
Un peu inconscients mais de bonne humeur. Le monde nous semble tout simplement accessible, voire même nous appartenir.

je veux voir des indiens, on voit les Yaguas. Ils jouent une sorte de pipo et de tambour. Sous les yeux de la tribu hilare, le chef nous fait une démonstration de sarbacane avec des flèches empoisonnées au curare. Il atteint notre billet de 5 soles placé à 20 mètres sans problème. Un truc pour touristes quoi, déjà !
En revenant en pirogue nous voyons des piranas...

Dans mon Journal du Pérou, parmi les quelques notes prises sur ces quatre jours à Iquitos (mardi 17, mercredi 18, jeudi 19, vendredi 20 août 1971) je fixe quelques impressions :
" Iquitos, ville où nous avons mangé beaucoup de coeur de palmier, où il y a plein de lézards sur les murs, et où on a bu beaucoup de jus de maracuja (pomme liane, du type fruit de la passion).
(Je ne précise pas si c'était en naturel ou en punch alcoolisé.) [...] Il y a beaucoup d'oiseaux noirs dans les arbres ou sur les maisons qui me font penser à des vautours.[...]
Ai vu une peinture naïve qui me plaît beaucoup dans une des gargottes où on a été boire. Je l'ai prise plusieurs fois en photo, en noir et blanc et en couleurs.
Nous faisons beaucoup d'allers et de retours en pirogue sur le fleuve pour voir les villages environnants.
Nous marchons aussi beaucoup en s'inquiétant de notre avion de retour qui ne semble pas sûr du tout d'après ce que nous a dit.
Bloqués ici, sans autre moyen de rentrer sur la côte, serait très embêtant pour la suite du voyage, car nous sommes vraiment à des milliers de km du reste du monde, sans autre moyen de communication pour le rejoindre, dans le temps que nous avons pour l'ensemble du voyage [...]"
Dans 37 ans Iquitos sera un enfer qui comptera près de 380000 habitants, ce que les ONG appelleront un "sanctuaire humanitaire", c'est-à-dire une zone où il n'existe plus de grille de lecture possible, puisque tous les dealers, trafiquants de drogue ou de prostitution (infantile homo et hétérosexuelle entre autre) s'interpénètreront...et que la ville sera devenue une vraie plaque tournante entre la Colombie l'Equateur et le Brésil.
Je lirai des blogs de baroudeurs qui insisteront sur la profusion des boites de nuits et des enfants, à moitié nus sur le port et qui attendent...Iquitos sera est devenue la première ville du Pérou pour les grossesses non désirées, la troisième pour le Sida et la deuxième pour la violence et les abus sexuels et qui attirera de nombreux touristes étrangers pour faire ce que l'on appellera pudiquement du tourisme sexuel... (sources : interview de J.(site de l'académie de Rennes) et HDM)
37 ans plus tard, en rangeant un après-midi (et en en scanant quelques dizaines) mes vieux négatifs de ce voyage, je me dirai que j'y suis allé au bon moment, et que je dois en profiter car ce monde-là ne durera pas et celui qui nous attend ne me plaîra plus.
Dans 37 ans, je me sentirai bien sûr vieux, pour ne pas dire d'une autre époque. J'aurai presque 60 ans et je pourrai regarder ce qui a disparu.
Une manière peut-être de me cacher dans la forêt et de m'y voiler la face...