samedi 8 juillet 2006 jour précédent jour suivant retour au menu
Zizi est une poupée
ou de la difficulté de mettre de l'ordre dans une mémoire éclatée...
Je reçois à la Chambrie, c'est une première, à la fois ma mère et les deux frères qui sont encore en vie, Jacky, que j'appelle " mon grand frère " , et Jany, (qui vient de rentrer de Jakarta, pour prendre son prochain poste à Ho Chi Min ville ), que j'appelle " mon petit " frère.
Vu l'éclatement de la cellule familiale cette réunion complète est de plus en plus rare et de plus en plus difficile à réaliser, tous ceux qui ont encore des parents et des frères et soeurs doivent le savoir, il y en a toujours un ou deux qui ne peuvent pas venir ce jour-là ou à cette réunion-là. Souvent, passé un certain âge, ces réunions complètes au sommet, ne se font que lors de grandes occasions, comme mariages, enterrements etc.... Ces appellations (de grand et petit), aujourd'hui sont un peu ridicules : l'un à 61 ans et l'autre 42 ans. Elles traduisent cependant ma place dans l'histoire parentale et un blocage perpétuel en enfance. Car c'est depuis que je suis petit c'est-à-dire que je suis né, que j'ai ce frère qui est grand (plus âgé que moi, qui existait avant moi), et que j'ai deux frères plus petits, sous-entendu qui sont nés, qui sont apparus après moi.
À midi, tout le monde était là, prêts à déguster mes célèbres sardines grillées de Guénolé (c'est la troisième fois que j'en fait à la Chambrie) avec les toutes petites pommes de terre nouvelles achetées, dès ce matin à 7 heures sur le marché de Nogent le Rotrou.
Photo qui se transforme aussitôt en photo souvenir, au moins de la cuisine. Seule pièce où j'ai gardé les poutres d'origine au plafond (mais repeintes de couleur crème). La fenêtre par laquelle je regarde souvent (où on peut avoir la chance de voir des chevreuils) est à gauche, éclairant la lithographie signée de Dali achetée à grands frais il y a plus de 20 ans, célèbre illusion peinte en 1940 : Marché d'esclaves avec disparition du buste invisible de Voltaire.
Je détaillerai une autre fois les autres choses accrochées au mur
La grande surprise fut un cadeau de Jany, rapporté avec attention de Jakarta, et que j'ouvre après le repas. C'est une photo de famille que j'avais mise en ligne le 31 août 2005, et qu'il a fait imprimer sur toile.
C'est somptueux et de qualité.
C'est bien sûr impressionnant de réaliser que ces yeux ne savent pas alors qu'ils se fixeraient 50 ans plus tard sur une toile de lin indonésienne...
Qu'ont-ils à dire ? Que se disent-ils ? Que voient-ils qu'ils n'aient jamais vu encore ?
Ce 31 août 2005 j'avais écrit sur ces vieilles photos : " Ne sont-elles vraiment QUE des photos de famille ? Ne portent-elles pas les années 50, avec leurs chemises à carreaux et leurs satanées blouses qu'il fallait toujours mettre pour-ne-pas-se-salir , et le jardin, si important à l'époque pour les familles pas très riches ? Ne sentent-elles pas la lessive à la main des mères et cette fameuse odeur du repassage des après-midi silencieux? "
Aujourd'hui, tous les quatre autour, nous essayons à ma demande de dater cette photo.
Je prends un papier et essaie de noter ce que chacun dit, ou plutôt ce que la photo dit à chacun. L'hésitation se porte entre l'année 1957 ou l'année 1958. Tout le monde est unanime qu'elle a été prise dans la maison de Senonches, celle dont le jardin s'ouvrait l'été sur un champ de chaumes...
Nous essayons de la dater en devinant l'âge de chacun des frères, et des détails comme la cravate, la patinette...
Mais nous n'arrivons pas nous mettre d'accord, et décidons de remonter le fil du temps à travers les déménagements, retrouver et nous appuyer sur des dates sûres, celles par exemple pour ma mère, de ses mutations et années scolaires, pour Jacky celles de ses années de collège (commencé à Senonches et fini à Courville sur Eure après qu'il se soit fait virer pour avoir avancé à ses camarades l'idée de faire grève pour il ne sait plus quelles raisons), pour moi sur mes années de pensions chez ma grand-mère et mon entrée à l'École Normale de Chartres, sur les dates et lieux de naissance de chacun de nous...Les notes prises s'annulent les unes après les autres et se contredisent.
À chaque fois, " quelque chose ne colle pas ". On ne peut mieux dire.
J'apprends au passage, que c'est Madame Lachaux qui m'a appris à lire et à écrire au CP, et que la phrase clé de départ était : Zizi est une poupée.
- Qu'est-ce qu'on a pu le répéter Zizi est une poupée ! Car tu n'arrivais pas à dire le z...
Comment voulez-vous ne pas avoir de problèmes plus tard, quand vous commencez votre vie sur un tel axiome !
Au bout d'une heure nous arrivons à nous mettre d'accord : la photo est de 1957. Jacky y a 13 ans, Moi 7 et demi, Michel 8 ans, et Jany 6 ans. Elle est prise par papa dans le jardin de Senonches.
Essai final de mise au clair :
Années évènements repères lieux de résidence
des parents
1949 Naissance Jean-Claude Bourdais, le 23 mai à l'hôpital Foch.
(J'ai un grand frère Jacky Bourdais, né le 3 mars 1944 à la Ville aux Nonains, près de Senonches)
Suresnes
(Hauts
de Seine)
1950
1951 début
déménagement à Thimory (Loiret)
Ma mère et mon père ouvrent leur première boulangerie
naissance Michel Bourdais le 20 septembre 1951.
Fin 1951, déménagement à Vierzon.
Thimory
Loiret
1951 fin
1952
1953 début
Mon père et ma mère ouvrent une boulangerie à Vierzon,
place de la Résistance.
Vierzon
(Cher)
1953 fin
1954
1955
1956
1957 été
Mon père travaille à la base américaine de Crucey,
naissance de Jany B. le 5 décembre 1954,
(dans la maison de ma grand-mère maternelle,
celle que l'on appelle " Mémère de Senonches ").
ma mère devient institutrice,
été 1957 mutation donc déménagement.
Senonches
(Eure et loir)
années
scolaires :
1957-1958 :
Montigny
sur Avre
La café Menguy (le diable du village, dont Jacky draguait la fille, Betty)
le curé Lambert (fut très important dans ma vie)
Le maire et son château,
La rivière et sa tour, La cour de récréation vide et ses chardonnerets,
Notre bonne Andrée J...
Montigny
sur Avre

(Eure et loir)
1958-1959
1959-1960
1060-1961 :
Bérou la Mulotière
Mon père travaille chez Rabartin (carrières) comme chauffeur
(En 1960 De Gaulle virera les américains de Crucey)
59-60 et 60-61 : Je suis en pension chez mes grands parents pour suivre les 6ème et 5ème au CEG de Verneuil sur Avre. Je rentre chaque week-end en car à Bérou la Mulotière.
Bérou
la Mulotière

jusqu'à été 59
(Eure et loir)
après :
Verneuil
sur Avre

(Eure)
1961-1962 :
Rueil la Gadelière
Ma mère va tous les jours travailler à Rueil en voiture.
Je suis la 4ème au CEG de Verneuil et j'habite de nouveau chez mes parents.
Verneuil
sur Avre

(Eure)
1962-1963 :
mutation
définitive
de ma mère
à Verneuil
sur Avre.
Je suis la " 3ème spéciale " et passe le concours de l'Ecole Normale d'Instituteurs de Chartres.
Suis reçu 3ème.
Verneuil
sur Avre

(Eure)
1963-1964
1964-1965
1965-1966
1966-1967
Ecole Normale d'Instituteurs de Chartres, (rue du 14 juillet).
Baccalauréat (série Sc.ex) en 1966.
CFEN (Certificat de Fin d'Etudes Normales): reçu 1er.
Sept 67 : Mise en disponibilité pour aller à l'Université de ROUEN Mont-Saint Aignan.
Verneuil
sur Avre

(Eure)
(Moi suis en pension à Chartres)
Je profite de la présence de ma mère pour essayer de dater quelques autres vieilles photos dans un album, mais sans grands résultats. je réalise à quel point sa mémoire s'est affaiblie et combien elle est fatiguée.
Jany fait l'aller et retour Verneuil sur Avre pour la reconduire à Verneuil sur Avre.
Autre première : nous dînons dehors, les trois frères ensemble. Rare.
Et sans dispute, ce qui est rare aussi, entre Jacky et moi.
Belle soirée.
Ils dormiront tous les deux ici à la Chambrie.
Décidemment journée pleine de premières.