mardi 18 juillet 2006 jour précédent jour suivant retour au menu
Il fait chaud, le soleil est au zénith et nous cloue la parole.
Nous marchons péniblement dans cette arrière-cour abandonnée d'un ancien café.
C'est le royaume des herbes folles. Tout juste si l'on n'entend pas des grillons.
Pourtant j'entends les bruits de toutes mes fêtes foraines, je revois le périple avec Christian D., quand nous nous filmions dans les bars en train de jouer au flipper, ou au volant des autos tamponneuses...À la dérive pendant quinze jours entrer Le Mont-Saint Michel et Deauville...longeant par principe le plus près la côte...
Je démarre...
.. ..
La clé de contact est encore là. Il suffit de la tourner.
Mes premières auto-tampons, comme on disait, avec Édouard, quelque part sur une fête à Thann où en Corrèze...
Je préférais " faire un carton ", dans les tirs avec les cibles en cercles rouges ou celles où il fallait viser l'oeil d'un pigeon...
Elle démarre au quart de tour, son moteur a un beau son. Une vraie Ferrari...même si le rouge a passé...
Dieu que la Beauce est belle le dimanche...
Et je roule comme un fou dans le pays des chardons ardents, celui des étangs chimériques, en saluant les moissonneuses batteuses...
Étoile de la mer voici la lourde nappe
Et la profonde houle et l’océan des blés
Et la mouvante écume et nos greniers comblés,
Voici votre regard sur cette immense chape
(*)
Terriau s'il est de blé, mulon s'il est de foin...
Est mortacoeur le plat qu'il est trop...(**)
Nous sommes nés au bord de votre Beauce plate
Et nous avons connu dès nos premiers regrets
Ce que peut receler de désespoirs secrets
Un soleil qui descend dans un ciel écarlate...

Et vers un ciel sans bord la ligne la plus haute...
Mais je dois ralentir, les circuits chauffent...
- Eh, réveille-toi...
- On est où là ?
- On est en Beauce, près de Bonneval...
(*) Charles Péguy, Présentation de la Beauce à Notre-Dame de Chartres.
(**) Vieux parler beauceron