Samedi 21 octobre 2006 jour précédent jour suivant retour au menu
Prenons le maquis...
et faisons aux filles une leçon d'histoire en même temps.

C'est pas loin de Thiron-Gardais, dans un endroit paumé, choisi justement à cause de cela, éloigné de tout environnement urbain et humain, parce que les routes qui y menaient étaient en mauvais état, souvent simples chemins empierrés, avec de fortes pentes, et un petit bois, et une grotte qui permettaient de s'y cacher.
Un petit ruisseau qui tombait dans la Vinette et qui donnait de l'eau à boire, et permettait la toilette.
C'était en 1944 un des endroits les plus sauvages du département.
maquis de Plainville
L'endroit pour s'y cacher, c'est-à-dire pour résister n'a pas été choisi au hasard pour une autre raison. C'est que dans le coin, il y avait eu 3 parachutages d'armes et d'explosifs (Le 15 juillet 1943, le 15 août, et le 26 novembre 44). Les résistants du coin disposaient de plus de 6 tonnes d'équipement et de matériel divers : ils pouvaient donc entrevoir la possibilité de harceler l'ennemi, à condition d'avoir une base secrète : ce fut le maquis de Plainville, investi aux environs du 20 juin 1944, sous la houlette du capitaine " Duroc ", promu suite au débarquement de Juin 44 à la tête du secteur Ouest.
(Rappelons que le Commandant départemental était Maurice Clavel alias SINCLAIR )
maquis de Plainville
Le sommet boisé de la colline n'est pas grand.
maquis de Plainville
Au bout d'un chemin on arrive dans une clairière où une stèle a été inaugurée en 1947, devant plus de 5000 personnes.
maquis de Plainville
Ils vécurent en combattant
.........................l'ennemi
Des hommes qui croyaient simplement
.....................en la France
Français souviens toi

Hommage aux morts
.............de la Résistance
maquis de Plainville
De cette clairière part un escalier qui descend aux grottes, où vécurent, on imagine dans quelles conditions, jusqu'à 160 hommes.
maquis de Plainville
Dure vie et dangereuse mais organisée :
" C'était donc cent soixante bouches à nourrir, avec beaucoup de jeunes qui avaient bon appétit. Comment faire pour assurer la subsistance de tout ce monde et ceci pendant près de deux mois sans avoir autour de soi le soutien indispensable d'une bonne partie de la population environnante ? Et bien ce fut simple, tout ou presque fut fourni par les habitants des environs : viande d'animaux vendus par des agriculteurs et tués sur place (il y avait deux bouchers parmi les maquisards). Les maquisards tenaient à régler tous leurs achats. Les achats d'épicerie, de pain se faisaient à Thiron-Gardais et à Chassant. Divers stocks avaient été également amassés ici et là. Légumes et barriques de cidre provenaient des fermes. La cuisine était faite à la ferme de St Hilaire des Noyers, à 500 m et transportée au maquis dans de grands bidons de lait. Les maquisards n'ont jamais manqué de nourriture, grâce aux bonnes volontés dévouées, dont beaucoup d'ailleurs, étaient parmi les amis des maquisards."
maquis de Plainville On écoute l'histoire :
C'est donc de là que toutes les nuits, une équipe ou deux de six à dix hommes partaient, selon l'importance de la mission.
En moins de deux mois, c'est plus de soixante opérations qui ont eu lieu : attaques de petits convois, coupures de rail, sabotages divers. Signalons les plus importantes :
- la destruction d'un pont sur la ligne Paris-Brest, entre Bretoncelles et La Loupe
- trois fois, et la dernière en plein jour, la capture d'un camion allemand, le tout amené au Maquis
- la destruction du pont de Courtemiche entre La Loupe et Pontgoin
- la destruction du pont des Abattoirs à Nogent-le-Rotrou, ainsi qu'une grosse locomotive garée à Nogent
- la ligne téléphonique souterraine Paris-Brest fut détruite à onze reprises entre Montlandon et Le Theil.

maquis de PlainvilleAu soir du 9 août 1944, les maquisards quittèrent tous (à part une dizaine de vieux, restés pour garder les stocks) leur cantonnement pour se rapprocher de Nogent le Rotrou, dont l'attaque était prévue le 11 août, sous la houlette de leur chef (résistant de la première heure et créateur du maquis de Plainville) Duroc (de son vrai nom Gabriel Herbelin).
Avec l’accord du commandement allié, les Résistants pénètrent dans la ville dans la journée du 10 août et investissent le château dominant la cité. Malgré ce grand succès, une délégation composée du sous-préfet et du maire se rend jusqu’au château afin de plaider l’arrêt des combats, supposant que la situation de guérilla urbaine menée en l’absence des troupes américaines met en danger la population. Malgré leur insistance, les négociations sont vaines et le combat se réengage. Par la seule action de la Résistance, les bombardements alliés épargnent la ville. Quelques uns frappent le lieu-dit La Fourche où se sont retranchés les Allemands dès le 12 août. La ville sera libérée de l'occupation allemande le 11 août trois jours avant l'arrivée des américains.
Le 20 août 1944, Nogent le Rotrou accueille le Général de Gaulle en grandes pompes.
Après Nogent ce fut Chartres, puis les Trois Ponts, à la Canée et dans la plaine vers Thivars et à Marboué.
Dans tous ces combats, nos maquisards laissèrent des morts et des blessés.
Ainsi, désiré Klein, que l'on voit debout sur cette photo, en haut à gauche, avec des prisonniers allemands de Nogent le Rotrou, qui sera tué à la Cavée, lors de la libération de Chartres.
Une partie des maquisards de Plainville fut ensuite regroupée avec d'autres unités pour la marche vers Paris où ils arrivèrent à peu près en même temps que la division Leclerc, prenant part à la lutte autour du Luxembourg et dans le 5ème arrondissement.
Ce sont les gars de Plainville qui accompagnés depuis Chartres par le Général Martial Vallin et par le Colonel Gaujours, hissèrent le drapeau tricolore au Ministère de l'Air.
Fin août ce fut la courte campagne sur la Loire, Beaugency, Orléans, Briare, Cosne et jusqu'au Menau dans la Nièvre , où là encore ils étaient en pointe.
De retour à Nogent, la moitié au moins des résistants de Plainville signèrent leur engagement pour la durée de la guerre. Leur résistance prenait fin.

Sous une pluie fine, nous marchons retrouver la voiture garée au loin.
Les champs semés autour du maquis de Plainville , ressemblent à des jardins zen.