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Qui a vu Ouessant boit son sang
ou : en passant par la Lorraine...

Mercredi 18 août 2010, Ouessant.
Dès arrivés par la navette à Lampol la première chose que nous avons faite, avant même d'avoir loué un vélo pour trouver où est notre chambre et y déposer nos affaires (je ne voyage qu'avec des gens qui n'ont pas plus d'un bagage à main) , c'est de s'installer à la terrasse d'un café et de regarder les gens passer dans le village, ce qui nous a permis de rencontrer très vite François Bon qui "montait" vers le lieu du salon, ainsi qu'Anne Bihan, accompagnée de quelques calédoniens de connaissance.

Je suis allé à Ouessant au salon du livre insulaire essentiellement pour revoir ces gens-là et je suis donc ravi.
Le programme de la journée est chargé :
- première conférence de Numér'ile pour laquelle F Bon, on comprend pourquoi, a été invité,
- ouverture officielle du Salon dans la meilleure tradition bretonne,
- remise des prix de cette année,
- première lecture de Rabelais par François Bon (prévue à 18h30, quelque part au bord de l'eau et des rochers !)
Mais cela ne nous empêchera pas de déguster une délicieuse sole bretonne d'abord pour prendre des forces.
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François Bon était invité à Ouessant cette année pour participer à un atelier intitulé Numer'île, on comprend de quoi il s'agit, et pour faire plusieurs soirs de suite une lecture de Rabelais.
En ce qui concerne le numérique, il en a bien rendu compte sur son site, (voir par exemple Ce qu'Internet change au récit du monde, intervention 1), ou De l'auteur comme écosystème intervention 2) et ce n'est pas la peine que j'en rajoute une couche. Il y a là, avec les liens de quoi réfléchir ou méditer.

J'ai déjà fait part plusieurs fois des lectures de François Bon (par exemple à Melle ou à l'abbaye de Fontevraud) mais aujourd'hui je change de méthode, en proposant tout simplement quelques images et impressions sous forme d'un montage souvenir, mais qui j'espère donne à sentir deux ou trois choses de la performance.
Je ne comptais pas filmer quoi que ce soit d'où la mauvaise qualité du document mais il n'a pas d'autre ambition ni lieu d'être que de témoigner et saluer les 24 personnes qui étaient là.
Demain, me dis-je, je viendrai et filmerai dans de meilleures conditions, car ce travail de bouche à oreille fera son chemin, forcément.

Après s'être restauré à la "cantine" du Salon (où Hamid Mokaddem semble, loin de sa Calédonie, s'ennuyer à mourir, à moins qu'il ne continue à se demander la littérature océanienne francophone est-elle une littérature française ? !), écouté Youenn Guillanton très bon chanteur breton, la nuit tombe sur Ouessant.
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Mais nous ne la finirons qu'au petit matin dans un bar, après une discussion enflammée avec Denis Pouwara et Anne Bihan, ayant oublié, qu'il nous restait 5 km à faire dans la nuit et à vélo pour retrouver notre chambre ! Rien de mieux pour cracher nos poumons et éliminer le trop plein d'alcool !
Le dicton ne dit-il pas "Qui a vu Ouessant boira son sang !" ?

Vendredi 4 juin 2010, 21h, Beyrouth.
Nous sommes invités (j'ai l'honneur et l'occasion de l'être grâce à mon frère Jany...) par et chez l'empereur du Nowheristan, Michel 1er (et le dernier), personnage haut en couleurs et en idées et aussi respecté que critiqué (moqué) par tous ceux qui le connaissent ou en ont entendu parlé.
Mais au Liban et dans le monde arabe, et auprès de nombreuses personnalités du monde entier (puisqu'il les reçoit presque toutes lors de leur passage au Liban) , il est connu pour son parcours original et de nombreux adjectifs peuvent lui convenir ou lui coller à la peau, on ne peut pas dire moins quand on lit sa biographie !
En effet, de son vrai nom Michel Elefteriades, jeune grec libanais (il a juste 40 ans), qui parle six langues, peut être considéré (ou envisagé) comme un homme politique (très jeune militant rebelle et résistant, il fondera les MUR, Mouvements Unis de Résistance, groupe armé clandestin qui lui vaudra deux attentats à sa vie, et un exil en France puis à Cuba...), un homme d'affaire (riche, cela est incontestable), un producteur de musique et de spectacles (il possède à Beyrouth le Music Hall, plus grande salle de spectacle de Beyrouth où se sont produits de nombreux français) , un utopiste, un doux rêveur, un artiste (cinéaste, peintre, écrivain), un humoriste, ou tout simplement comme un "malade".
Mais la raison d'être là ce soir (en rapport avec la présence de Michel Onfray qui est l'invité d'honneur de ce repas, quelques heures après sa conférence sur les utopies) est que Michel 1er a fondé (imaginé) le "Grand Empire du Nowheristan" (de nowhere, nulle part en anglais, mot formé lui-même de now, maintenant et de here, ici) dont il s'est autoproclamé le premier et dernier empereur. Cela semble une utopie, mais avec aujourd'hui à peu près 80.000 adeptes ou adhérents de par le monde. Attention, il ne s'agit pas d'une secte ou d'une religion, mais d'un projet que l'on pourrait dire social, politique, philosophique et... utopique.
Son Altesse Impériale passe beaucoup de son temps aujourd'hui à faire connaître cet empire (virtuel ?) et ses idéaux. Pour plus de renseignements il suffit de se rendre sur le site internet de l'Empire (dont je conseille de regarder une fois l'intro et certaines pages qui sont en français comme celle-là. qui raconte une de ses conférences) Certaines pages ne manquent pas d'humour ni de logique (où l'on apprend que la langue officielle, quand la planète sera convertie, et donc sans frontières, sera le globish, c'est-à-dire le mauvais anglais, un anglais petit nègre. En effet, vu tous les gens qui parlent mal l'anglais ou le baragouinent, presque tout le monde comprendra...qu'il n'y aura plus de passeports, plus de guerres (puisque plus d'états)), mais d'autres provoquent un drôle de sentiment (l'Empereur est contre la démocratie (car il n'est pas normal que la voix de deux idiots valent deux fois celle d'Einstein!)...
L'appartement, gigantesque loft sur deux étages (je n'en ai vu que deux...) est étonnant et digne d'intérêt. Il mériterait, par son originalité et tout ce qu'il rassemble, un beau livre à lui tout seul, qui avec les explications du Maître des lieux et une analyse sérieuse serait passionnant. Tableaux, collections des oeuvres de Michel Ier, décoration, mur des grands esprits de la planète...
L'ambiance est sympathique, la discussion tranquille, le champagne servi par un personnel dévoué et en costume...Michel Onfray, l'ambassadeur de Belgique et sa femme, une télévision nordique, chacun obtient les réponses à ses questions sur l'Empirer et son organisation, tout est fait pour que chacun soit à l'aise.
L'empereur est cool, intelligent, drôle, très sympathique et ne manque pas de charisme.
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Je n'en crois pas mes yeux d'être là, un soir de 2011, en plein coeur d'une capitale et assister à ce qui ressemble à une cérémonie d'une autre époque.

Je me contente d'écouter, de regarder, de prendre des photos et boire du champagne, essayant de ne plus m'étonner de rien.
Du repas, qui s'est tenu dans la salle du bas, je ne dirai pas grand chose, écoutant surtout la conversation entre les deux Michel, et goûtant le vin libanais pour la deuxième fois de la journée !
Mais je ne peux que juste vous montrer un cérémonial étonnant qui s'y est tenu en son milieu, et qui paraît-il est rituel : l'arrivée de la fanfare de l'Empereur venue honorer ses invités, avec un morceau incroyable que je vous laisse découvrir et qui vaut son pesant d'or et montre l'humour et la drôlerie du Grand Empereur.

Beyrouth, samedi 5 juin, 0h14.
C'est l'heure des photos officielles, mais non pas de partir !
Michel Ier nous invite à prendre un verre dans son music hall, situé dans les sous-sols de l'immeuble ! La salle est pleine. Debout sur les tables (où traînent de nombreuses bouteilles de Chivas!) la jeunesse libanaise s'amuse, danse et chante avec une énergie troublante. L'ambiance est survoltée.


Dans un article récent du Nouvel Observateur,(du 5 août 2010) on lisait (sous la plume de Dorane Vignando) que les nuits de Beyrouth étaient aujourd'hui parmi les plus chaudes de la planète, (Beyrouth, nouveau spot mondial de la fête ? Du moins, c'est le "New york Times" qui l'affirme...) comme si les gens voulaient oublier la guerre ("Ambivalente et secrète, boulimique et frondeuse, injuste et dépensière, Beyrouth rattrape le temps perdu.").
Je ne suis pas d'accord : les Libanais font la fête comme si chaque nuit était la dernière, et que demain était fait d'on ne sait pas quoi ni de quel conflit entre qui et qui, comme si on savait ici, que demain était peut-être notre dernier jour.

samedi 5 juin 2010, Beyrouth, 2h14 du matin.
Beyrouth est toujours illuminée, la circulation est encore dense centre ville. Mon frère décide de me montrer une des boites de nuit les meilleures de Beyrouth, le Basement, dont il connaît bien le patron.
Nous rentrerons très tard, imbibés de gin et bien gais, mais pas déçus du voyage ! les deux dernières photos que je fus en état de prendre sont celles du bar (prise à 2h26) et celle de la mosquée prise à travers le parebrise à 3h26.
En cherchant les clefs de l'appartement mon frère me rappelle que nous devons partir dans quelques heures à Tripoli !
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