Journal de Nogent le Rotrou
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ma vie dans le Perche
Propos sur la littérature et la peinture.
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Sainte Apolline fin ?
ou : aujourd'hui je montre le haut
ou : chose promise chose due...

J'avais en effet écrit, à la fin de la deuxième page consacrée, tout à fait par hasard suite à une visite de l'église de Beaumont les Autels, un patelin à côté de chez moi, un dimanche comme j'ai l'habitude de les détester, que la représentation de cette vieille vierge d'Alexandrie que je préférais n'était pas dans celles montrées sur ma page, d'un autre dimanche par ailleurs, mais que je la réservais pour plus tard.
Plus tard, c'est aujourd'hui.
La représentation la plus étonnante est celle d'une miniature faisant partie des Heures d'Étienne Chevalier, enluminées par Jean Fouquet est qui est une pièce maîtresse dans la collection faite par le Duc d'Aumale, qui leur consacra un cabinet spécial au château de Chantilly, le Santuario.
Ce qu'on appelle les Heures d'Etienne Chevalier c'est une série d'une quarantaine d'enluminures (qui font l'objet d'ailleurs d'un beau livre (édité par le Musée Condé du Château de Chantilly), les seules qui restent du manuscrit (XVè siècle) démantelé (dispersé pour ne pas dire dépecé, voir ma page , mais surtout ce site formidable) au XVIIIè siècle.
Merci Internet , on peut voir ici (ou mieux ) l'intégralité des 46 enluminures !
Rappel : un livre d'heures est un recueil renfermant les prières d'un office divin. Le mot " heures " est une ellipse.
Étienne Chevalier, même génération et visiblement complice avec Fouquet, était un grand commis de l'Etat, plus exactement le trésorier du roi Charles VII et de Louis XI.
Elles sont exceptionnelles à plus d'un titre : d'une échelle exceptionnellement petite, " équilibre des compositions, maîtrise des perspectives et inventivité hors pair de l'artiste ".
Jean Fouquet, que dire ? Je l'ai plusieurs fois abordé, pur génie, voilà, ça veut pas dire grand chose, sinon l"impuissance à dire puisqu'il faut voir son travail et recevoir à chaque fois une claque. Ce type est né à Tours en 1425. Ce livre d'heures est du point de vue artistique son oeuvre la plus importante, éxécutée à son retour d'Italie vers 1453. Il n'avait donc que 28 ans. faisant une synthèse entre l'art français, l'art flamand et la perspective italienne, son point du vue et son espace sont forcément originaux.
Alors cette enluminure ?
C'est un mystère
, au sens propre du nom.
Une scène de théâtre, médiévale donc cruelle. Dangereuse à analyser car on peut être tenté d'y voir ce qu'on veut, lui faire dire ce qu'on veut. Des dizaines d'érudits de tous pays, y compris les historiens de l'art du XVè siècle, en font, depuis un siècle, une icône, la pièce de référence sur le théâtre de cette époque, l'objet de leurs cauchemars les plus fous et les plus récurrents, une fierté de Google Books
D'accord, mais c'est pas si facile que ça. Car ça dépend de ce qu'on regarde.
On peut voir le martyre de la vieille vierge qui ne veut pas renier sa foi et se fait fracasser la mâchoire et arracher les dents par une bande de terroristes de l'époque
Y'a un meneur de jeu, livre et baguette à la main qui officie et dirige la scène.
Qui est-il ? la société, l'artiste, le spectateur ? nous-mêmes ?
Quel est ce livre ? écrit par qui ?
La scène ? Terre battue peut-être d'un terrain vague où pousse quelques herbes folles. Les spécialistes médiévaux l'appèlent hourt.
Ligotée, la vieille vierge, Apolline, (mais représentée encore assez séduisante), est torturée par 4 bourreaux : deux qui lui tirent les chevilles, un qui lui tire les cheveux, le dernier qui lui arrache les dents avec une longue pince.
Celui par terre semble nous regarder.
A gauche, il y a un fou, déculotté , qui se gratte les fesses recouvertes d'un caleçon en forme de filet .
Que fait-il là ?
(comme que fais-je à regarder ça en ce moment ?)
Et un empereur Decius dont on ne sait rien. (Mais son fauteuil est vide (La loge est un "estal" ou "lieu") quand on regarde un peu au-dessus de la scène, et qui nous révèle que la scène est non seulement publique mais symbolique :
Au fond : les "échafauds" en arc de cercle, ou plutôt en DEMI-CERCLE. Au "1er étage" : des loges dont seulement 2 sont des "mansions" : le Ciel (Paradis), l'Enfer (dont la Gueule d'Enfer occupe le rez-de-chaussée). Les autres loges sont occupées par le public, sauf une contenant les musiciens.
Le Paradis est surélevé. Dieu est entouré d'anges, et deux sont assis à ses pieds.Ils peuvent descendre sur terre par un escalier.
La loge (le palais) de l'empereur montre deux personnages de chaque côté du trône vide. De là encore on peut descendre sur terre (la scène) mais cette fois par une échelle (moins commode que l'escalier du paradis).
La gueule d'Enfer, béante et gardée par un diable, est au niveau du sol. A l'étage on voit d'autres diables, dorés.
à noter : - la symétrie entre le paradis et l'enfer
.............- la séparation (brèche) entre l'enfer et les autres mansions.
On est frappé aussi par le désordre et le mouvement de la foule des spectateurs. C'est un peu le bazar, l'anarchie pour ne pas dire le bordel. Le public se masse un peu partout et se mélange aux acteurs. Il y a là une grosse activité, sous le regard des femmes, nobles dans une loge avec grandes coiffes (hennins) et dans l'autre simples bourgeoises à coiffures plates.
Tout se passe en musique. (la prochaine fois je demanderai à mon dentiste de me mettre de la musique pendant qu'il m'arrache les dents, juste pour voir si cela adouçit la peine). On ne voit pas bien sur ma reproduction, mais il y a dans la loge des musiciens, coincés entre le paradis et le palais, un orgue, des joueurs de trompettes et de buccins.
On peut penser alors que le meneur de jeu, est peut-être celui qui les dirige à la baguette, au milieu de la scène, et que son livre est un livre de musique.
Peut-être car selon Nicole Reynaud ce livre pourrait-être le recueil des vies et des martyres des saints. On pourrait voir alors dans ce personnage un espèce de souffleur ou de metteur en scène qui veillerair comme à la bonne interprétation de ce qui serait comme un " script de la mort spectaculaire "...
que Fouquet lui-même interpréterait à sa manière.
La perspective et ce qu'a fait Fouquet laisse place lui aussi à des débats obscurs de spécialistes sur la forme de la scène. Convexe, ronde ou polygonale ?
Et même pourquoi pas entièrement fermée comme l'affirme Elie Koningson. Schémas et calculs à l'appui il pense que Fouquet n'a représenté que la moitié pour qu'on puisse voir à l'intérieur, et que l'ensemble était totalement circulaire et clos.
Mais on n'a survolé là que la moitié supérieure du la miniature. Passons à sa partie inférieure qui donne la pleine valeur et l'originalité du travail de Fouquet. Fini les fioritures et bordures florales : il utile la maximum de l'espace, pourtant restreint pour faire finallement un tableau.
Je montre le bas demain, bien sûr !